5.5.6 Le SWOT du e-learning en France
Etudions plus avant le paysage de l'e-formation à la Française. Pour ce faire, nous dressons un SWOT du marché français.
Les caractéristiques représentatives des « forces » et des « faiblesses » du marché sont celles issues du monde de l'entreprise.
Les « opportunités » et les « menaces » identifiées, relèveront de
spécificités extérieures à l'entreprise tel le marché, la concurrence,
les impératifs réglementaires etc...
Les forces :
La confiance des décideurs :
Les décideurs en formation sentent que les NTIC sont susceptibles de représenter un bouleversement de leur politique de formation :La lecture des résultats de l'enquête menée par le cabinet H-Consultants en 2001 2 réconfortera sans doute les adeptes du e-learning, puisqu'on y lit que 80,5 % des décideurs RH estiment que l'e-learning doit être envisagé en complément d'approches traditionnelles.
De même, 64,1% d'entre eux pensent que le e-learning deviendra un véritable support de la politique de formation au sein de leur entreprise d'ici 2005 (et 40% d'ici 2003).
Ainsi, plus de 70 % des entreprises pensent mettre en oeuvre une politique de e-learning pour la bureautique / informatique dans les 2 ans, 42 % pour les formations métiers et 39% pour les langues.
Ceux qui rejettent complètement l'idée du e-learning ne représentent que 12% des interviewés.
La croissance des budgets consacrés aux NTIC :
La part des investissements consacrés à la formation aux nouvelles technologies ne cesse de croître, et passait de 25% en 96 à 33 % en 1999. Le cabinet IDC 3 donne un aperçu de l'usage croissant des NTIC dans la formation professionnelle :Marché de la formation multimédia par méthodes de délivrance 4:

Le cabinet explique ce phénomène par l'équipement grandissant des entreprises en technologies informatiques.
Le graphique en secteurs ci-dessous est une compilation de l'ensemble des réponses issues des différentes études. (Voir annexes) 5

Les faiblesses :
Des freins économiques, culturels et structurels
Voici, sous forme de graphiques, les résultats des enquêtes menées par divers cabinets d'études qui éclairent sur ce qui retient les entreprises de se lancer dans l'e-formation.Le graphique en secteurs ci-dessous est une compilation de l'ensemble des réponses issues des différentes études. (Voir annexes) 5
Le palmarès diffère selon les études mais les freins à la mise en place
de solutions e-learning au sein des entreprises sont majoritairement
liés à 3 types de facteur :
Les réticences d'ordre économique et culturel représentent les freins principaux au décollage du e-learning en France.
Jean Claude Lewandowski, 6 remarque à ce sujet que les modes d'acquisition du savoir diffèrent en France et aux USA : « Aux Etats-Unis, l'apprenant peut procéder comme il l'entend pour acquérir le savoir dont il a besoin; il est en quelque sorte responsabilisé. En France, la vision de la formation reste assez « scolaire » : on a tendance à considérer que la connaissance doit être apportée par un expert. En outre, l'apprentissage repose avant tout sur l'interaction et l'échange au sein d'un groupe. S'ajoute à cela une certaine défiance vis-à-vis de l'ordinateur.
Résultat, les entreprises hésitent à se lancer. »
entreprises françaises. Le Préau 7 prévoit que « le e-learning devrait entrer dans un délai de 2 à 3 ans dans une phase résolument industrielle sous une quadruple influence » :
Cela devrait contribuer à développer le marché et les fournisseurs français y trouveront des raisons de contreattaquer. Le Préau donne 2 exemples :
« Docent et Saba, deux des principaux éditeurs de plates-formes de télé formation américains arrivent en Europe avec l'ambition de devenir le numéro 1 de l'e-formation en France et en Europe » et dans le même temps :
« Studi.com, le premier portail français de formation, ouvre des succursales en Espagne et aux États -Unis alors que OnlineFormapro décide de servir le marché français avec une approche de l'e-formation fondée sur la gratuité de l'accès aux ressources »
De plus, l'omniprésence de l'informatique et de l'ordinateur au sein des entreprises et des foyers démultiplie l'usage d'Internet et des applications liées à son utilisation.
Tout comme ses voisins d'Outre Atlantique, la France devrait voir le nombre de ses internautes largement augmenter.
Avec des dépenses globales professionnelles de l'ordre de 140 milliards de francs, le marché français de la formation est l'un des plus importants d'Europe.
explique Michel Ledru, directeur de l'unité ressources humaines et compétences à la Cegos 9.
«D'autant qu'elle s'inscrit dans une problématique ou les salariés ont de moins en moins de temps à consacrer à leur formation, tout en en réclamant davantage.»
Ainsi, les accords sur la Réduction du Temps de Travail (RTT) engendrent -ils des besoins de formations plus souples, moins contraignantes, plus rapides à déployer, permettant de concilier temps professionnel et temps personnel.
Cet avis n'est pas partagé par nombre d'analystes qui considèrent plutôt l'avance des USA comme une menace pour le marché de la formation hexagonal.
Un écart considérable se creuse dans le domaine de l'e-formation entre les Etats Unis et la France.
Près de 80 % des ressources en ligne proviennent aujourd'hui des Etats-Unis comme le note Jacques Trentesaux :
« Sur 7 000 applications de formation en ligne, seulement 200 sont en langue française » . Cela explique l'ampleur des défis que va devoir relever l'éducation nationale. Il y a une réplique à donner pour répondre à un double enjeu : franco-français, de défense du service public d'enseignement, et international : de rayonnement culturel. » 12.
Cette avancée des USA fait craindre une totale uniformisation ou « macdonaldisation du savoir », terme emprunté à Joel de Rosnay, Directeur de la Prospective à la cité des Sciences et de l'industrie.
De même, dans un rapport récent publié par le Centre Inffo, Bernard Blandin du Centre d'Etudes Supérieures Industrielles (Cesi), estime que face à cette nouvelle concurrence, les acteurs franÇais de la formation sont en situation d'infériorité, car ce sont souvent « des entreprises sans grande capacité d'investissement qui opèrent sur un marché complètement éclaté » . 13.
Pour Christophe Parmentier et Fouad Arfaoui, le marché est bien sous dominance américaine. Mais c'est par manque de formateurs Web que la France accuse ce retard.
« Dès lors, les pratiques sont souvent taxées d'être en langue anglaise et d'être fortement marquées par une conception très répétitive de type « drill & practice » (fais l'exercice et mets le en pratique) de l'apprentissage. » 14.
Ce nouveau marché aux dimensions planétaires n'est pas sans aiguiser quelques appétits : aiguillonnés par les prévisions de croissance de la formation en ligne, de nouveaux acteurs ( groupes de presse et d'édition, sociétés d'intérim, chaînes de télévision etc.) se pressent aux portes du marché français. « Internet précipite l'arrivée de nouveaux acteurs dans un secteur qui restait traditionnellement la chasse gardée de l'état et amorce un processus de « marchandising » du système éducatif. »
«On assiste à un afflux d'acteurs divers qui élargit notablement le champ concurrentiel », constate aussi Sylvain Phelippeaux, de l'Atelier BNP Paribas. « Start-up, universités nord-américaines, sociétés d'hébergement et de commerce en ligne veulent prendre une part du gâteau » 16.
Les acteurs traditionnels de la formation commencent à réagir mais ils sont attaqués sur leur territoire par un grand nombre de start-up qui proposent des plates-formes de formation en ligne.
1 « SWOT » = Strenghts, Weaknesses, Opportunities, Threats
2 H-CONSULTANTS, CEGOS « enjeux de la formation et usage des NTIC dans les entreprises françaises », novembre 2001
3 SARRAF Beatrice, Mc GOVERN Sheila, « European Training and Skills Management Corporate e-learning : market forecast and analysis » , International Data Corporation, 2000
4 GIL Philippe « @-formation - NTIC et Reengineering de la formation professionnelle », Dunod, Paris, 2000
5 voir annexe 1 « Les freins à la mise en place de solutions e-learning »
6 LEWANDOWSKI Jean-Claude « l'irrésistible essor de l'«e-learning». Supplément management, 05/02/2000
7 LE PREAU « Etude Téléformation » 2000 http//www.preau.ccip.fr/teleformation
8 FORAGORA « e-formation en Europe » http://www.foragora.com/fr/formation/chiffres
9 ROLLOT CATHERINE, « France: enquête - Internet ébranle la formation en entreprises - former en ligne les salariés », Le Monde, 26/04/2000
10 GIL Philippe « @-formation - NTIC et Reengineering de la formation professionnelle », Dunod, Paris, 2000
11 LE PREAU « Etude Téléformation » 2000 http//www.preau.ccip.fr/teleformation
12 TRENTESAUX Jacques, STEINMANN Lionel « Les nouvelles façons d'apprendre » - Enjeux Les Echos - juin 2001
13 ALTERNATIVES ECONOMIQUES « Etats Unis : formation des adultes, l'essor du e-learning », 2000, p. 44
14 PARMENTIER Christophe, ARFAOUI Fouad, « Tout savoir pour e-former, de la loi de 71 au e-learning », PWC Global Learning, Editions d'Organisations, 2001
15 MANDARD Stéphane, « Les nouvelles technologies », Le Monde, 26/04/2000
16 BONNET NATHALIE « Sait vous parler e-learning, la connaissance à portée d'ordinateurs pour vos salariés », Entreprendre, 01/04/2001
- économique : 55% des réponses
- culturel : 46 % des réponses
- structurel : 40 % des réponses (43 % pour l'absence de Management pour le poste et 38 % pour le manque de repères.)
Les réticences d'ordre économique et culturel représentent les freins principaux au décollage du e-learning en France.
Jean Claude Lewandowski, 6 remarque à ce sujet que les modes d'acquisition du savoir diffèrent en France et aux USA : « Aux Etats-Unis, l'apprenant peut procéder comme il l'entend pour acquérir le savoir dont il a besoin; il est en quelque sorte responsabilisé. En France, la vision de la formation reste assez « scolaire » : on a tendance à considérer que la connaissance doit être apportée par un expert. En outre, l'apprentissage repose avant tout sur l'interaction et l'échange au sein d'un groupe. S'ajoute à cela une certaine défiance vis-à-vis de l'ordinateur.
Résultat, les entreprises hésitent à se lancer. »
Les opportunités :
Etudions à présent les opportunités qui s'ouvrent à la mise en oeuvre de stratégies de e-formation au sein desentreprises françaises. Le Préau 7 prévoit que « le e-learning devrait entrer dans un délai de 2 à 3 ans dans une phase résolument industrielle sous une quadruple influence » :
L'arrivée de solutions déjà largement utilisées aux Etats-Unis
Les Américains, forts de leur marché intérieur investissent maintenant en Europe.Cela devrait contribuer à développer le marché et les fournisseurs français y trouveront des raisons de contreattaquer. Le Préau donne 2 exemples :
« Docent et Saba, deux des principaux éditeurs de plates-formes de télé formation américains arrivent en Europe avec l'ambition de devenir le numéro 1 de l'e-formation en France et en Europe » et dans le même temps :
« Studi.com, le premier portail français de formation, ouvre des succursales en Espagne et aux États -Unis alors que OnlineFormapro décide de servir le marché français avec une approche de l'e-formation fondée sur la gratuité de l'accès aux ressources »
L'augmentation du nombre d'internautes français :
La baisse des coûts de télécommunication ainsi que l'augmentation des taux d'équipement en matériel informatique devraient être porteurs pour le développement de l'e-formation française.De plus, l'omniprésence de l'informatique et de l'ordinateur au sein des entreprises et des foyers démultiplie l'usage d'Internet et des applications liées à son utilisation.
Tout comme ses voisins d'Outre Atlantique, la France devrait voir le nombre de ses internautes largement augmenter.
Un cadre légal très structuré :
La loi de 1971 impose aux entreprises de consacrer un certain pourcentage de leur masse salariale à la formation, d'ou la structure actuelle et l'importance du volume du marché français de la formation.Avec des dépenses globales professionnelles de l'ordre de 140 milliards de francs, le marché français de la formation est l'un des plus importants d'Europe.
Une politique nationale incitative :
En 1998, le ministre débloquait des budgets colossaux pour le développement de l'enseignement à distance et de toute action visant à développer les réseaux éducatifs aussi bien scolaires, universitaires que professionnels. En outre, l'étude menée par FORAGORA 8 sur l'e-formation en Europe souligne que les politiques nationales sont de plus en plus relayées par les instances européennes (programme e-learning lancé en mai 2000) et par des initiatives comme le « permis de conduire européen en informatique » .L'application des accords sur la réduction du temps de travail
« La pression des 35 heures et la difficulté de recruter sont un formidable levier pour la formation en ligne »explique Michel Ledru, directeur de l'unité ressources humaines et compétences à la Cegos 9.
«D'autant qu'elle s'inscrit dans une problématique ou les salariés ont de moins en moins de temps à consacrer à leur formation, tout en en réclamant davantage.»
Ainsi, les accords sur la Réduction du Temps de Travail (RTT) engendrent -ils des besoins de formations plus souples, moins contraignantes, plus rapides à déployer, permettant de concilier temps professionnel et temps personnel.
La diffusion de l'idée d'une éducation tout au long de la vie :
Philippe Gil 10 note l'envie de formation des salariés : « Parmi les 40% de salariés n'ayant pas reçu de formation continue depuis leur 1er emploi, 63% étaient prêts à suivre une formation en dehors de leur temps de travail tandis que 37% affirmaient être prêts à participer financièrement à cette formation. »Les menaces :
Une « macdonaldisation » de la formation
Nous l'avons vu, le Préau 11. considère l'arrivée des solutions d'e-formation américaines comme un levier pour le marché français.Cet avis n'est pas partagé par nombre d'analystes qui considèrent plutôt l'avance des USA comme une menace pour le marché de la formation hexagonal.
Un écart considérable se creuse dans le domaine de l'e-formation entre les Etats Unis et la France.
Près de 80 % des ressources en ligne proviennent aujourd'hui des Etats-Unis comme le note Jacques Trentesaux :
« Sur 7 000 applications de formation en ligne, seulement 200 sont en langue française » . Cela explique l'ampleur des défis que va devoir relever l'éducation nationale. Il y a une réplique à donner pour répondre à un double enjeu : franco-français, de défense du service public d'enseignement, et international : de rayonnement culturel. » 12.
Cette avancée des USA fait craindre une totale uniformisation ou « macdonaldisation du savoir », terme emprunté à Joel de Rosnay, Directeur de la Prospective à la cité des Sciences et de l'industrie.
De même, dans un rapport récent publié par le Centre Inffo, Bernard Blandin du Centre d'Etudes Supérieures Industrielles (Cesi), estime que face à cette nouvelle concurrence, les acteurs franÇais de la formation sont en situation d'infériorité, car ce sont souvent « des entreprises sans grande capacité d'investissement qui opèrent sur un marché complètement éclaté » . 13.
Pour Christophe Parmentier et Fouad Arfaoui, le marché est bien sous dominance américaine. Mais c'est par manque de formateurs Web que la France accuse ce retard.
« Dès lors, les pratiques sont souvent taxées d'être en langue anglaise et d'être fortement marquées par une conception très répétitive de type « drill & practice » (fais l'exercice et mets le en pratique) de l'apprentissage. » 14.
La formation cannibalisée par les NTIC
Stéphane Mandard, dans son article du Monde 15, indique que l'introduction des NTIC dans la formation ne provoque pas seulement un bouleversement d'ordre pédagogique, mais aussi économique.Ce nouveau marché aux dimensions planétaires n'est pas sans aiguiser quelques appétits : aiguillonnés par les prévisions de croissance de la formation en ligne, de nouveaux acteurs ( groupes de presse et d'édition, sociétés d'intérim, chaînes de télévision etc.) se pressent aux portes du marché français. « Internet précipite l'arrivée de nouveaux acteurs dans un secteur qui restait traditionnellement la chasse gardée de l'état et amorce un processus de « marchandising » du système éducatif. »
«On assiste à un afflux d'acteurs divers qui élargit notablement le champ concurrentiel », constate aussi Sylvain Phelippeaux, de l'Atelier BNP Paribas. « Start-up, universités nord-américaines, sociétés d'hébergement et de commerce en ligne veulent prendre une part du gâteau » 16.
Les acteurs traditionnels de la formation commencent à réagir mais ils sont attaqués sur leur territoire par un grand nombre de start-up qui proposent des plates-formes de formation en ligne.
1 « SWOT » = Strenghts, Weaknesses, Opportunities, Threats
2 H-CONSULTANTS, CEGOS « enjeux de la formation et usage des NTIC dans les entreprises françaises », novembre 2001
3 SARRAF Beatrice, Mc GOVERN Sheila, « European Training and Skills Management Corporate e-learning : market forecast and analysis » , International Data Corporation, 2000
4 GIL Philippe « @-formation - NTIC et Reengineering de la formation professionnelle », Dunod, Paris, 2000
5 voir annexe 1 « Les freins à la mise en place de solutions e-learning »
6 LEWANDOWSKI Jean-Claude « l'irrésistible essor de l'«e-learning». Supplément management, 05/02/2000
7 LE PREAU « Etude Téléformation » 2000 http//www.preau.ccip.fr/teleformation
8 FORAGORA « e-formation en Europe » http://www.foragora.com/fr/formation/chiffres
9 ROLLOT CATHERINE, « France: enquête - Internet ébranle la formation en entreprises - former en ligne les salariés », Le Monde, 26/04/2000
10 GIL Philippe « @-formation - NTIC et Reengineering de la formation professionnelle », Dunod, Paris, 2000
11 LE PREAU « Etude Téléformation » 2000 http//www.preau.ccip.fr/teleformation
12 TRENTESAUX Jacques, STEINMANN Lionel « Les nouvelles façons d'apprendre » - Enjeux Les Echos - juin 2001
13 ALTERNATIVES ECONOMIQUES « Etats Unis : formation des adultes, l'essor du e-learning », 2000, p. 44
14 PARMENTIER Christophe, ARFAOUI Fouad, « Tout savoir pour e-former, de la loi de 71 au e-learning », PWC Global Learning, Editions d'Organisations, 2001
15 MANDARD Stéphane, « Les nouvelles technologies », Le Monde, 26/04/2000
16 BONNET NATHALIE « Sait vous parler e-learning, la connaissance à portée d'ordinateurs pour vos salariés », Entreprendre, 01/04/2001