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5.13.3 Qui peut apprendre à distance ?

Le profil du parfait e-apprenant

Tous les publics n'ont pas les mêmes capacités d'adaptation.
Certains pré-requis, profils ou capacités particulières sont une clé d'entrée indispensable pour profiter du e - learning. Le succès de l'emploi des Nouvelles Technologies de Formation dépend donc du public concerné.
Dans le cadre d'une segmentation des cibles de l'e-formation, le Cigref établit 4 profils d'apprenants en segmentant sur 2 critères distincts : la prédisposition et la motivation

  • La prédisposition mesure la complicité avec l'outil informatique et également la capacité à s'auto discipliner et à suivre les consignes imposées par la formation à distance.
    Les auteurs notent à ce sujet que « les personnes en réussite scolaire sont plutôt prédisposées et d'une manière générale à l'aise avec la formation ».
    Cependant, il faut veiller à ne pas donner une impression de « formation au rabais » en concevant des modules d'e-formation trop ludiques : ceci aurait pour effet de dévaloriser ce type de formation.
    Inversement, les personnes en échec scolaire sont par contre peu prédisposées, et généralement moins à l'aise avec la formation qu'ils ont mal vécue. Mais les auteurs soulignent que « l'e-formation pourrait aussi leur présenter la formation sous un jour nouveau, plus ludique, mieux adapté, plus valorisant et moins sanctionnant ».
  • La motivation mesure la volonté d'utiliser les outils. La motivation peut être positive (« attente d'une récompense ») ou négative (« crainte d'une sanction).

Les 4 profils alors identifiés par le Cigref sont :
Les autonomes :
A la fois motivés et prédisposés, ils sont les utilisateurs parfaits de l'e-formation. Ce public sera plutôt tenté par de l'auto formation. « Candidats idéaux aux projets pilotes et aux tests, ils demandent aussi peu d'accompagnement et de tutorat «.
Les réticents :
Ni motivé, ni prédisposé, c'est le public le plus délicat. L'accompagnement doit être fort et présent très en amont de la formation. Le Cigref préconise un basculement très progressif vers la distance en ligne.
Les prédisposés
Ils n'ont pas de problème avec les outils mais ils ne sont pas motivés. Ils ont besoin plus de stimulation que d'accompagnement. La compréhension des raisons de leur démotivation peut être une clé de déblocage.
Les débutants
Ils sont tentés par l'e-formation mais se heurtent à des barrières d'ordre technique. Le Cigref recommande de les former à l'utilisation des outils informatiques avant de commencer l'e-formation. Ils réclament de l'accompagnement mais pas de stimulation.

Les qualités du parfait e-apprenant :

La situation d'apprentissage en ligne et à distance induit des changements de pratiques pour les apprenants.
Etudions à présent les qualités premières de « l'e-apprenant modèle ».

Jérome Maillot 1 du Centre inffo répertorie un certain nombre de ces qualités :

Autonome

L'autonomie est indispensable au bon déroulement d'une formation ouverte et à distance puisque c'est l'apprenant qui gère son propre rythme et son parcours de formation.
L'apprenant doit faire preuve d'autodiscipline, travailler régulièrement : sinon il risque de prendre trop de retard et d'abandonner. Le tuteur est parfois disponible pour le conseiller et lui rappeler les principales échéances de la formation. Mais il ne pourra pas intervenir si l'apprenant ne répond pas à ses sollicitations.

Organisé

Le Préau 2 a interrogé en novembre 2001 un grand nombre d'e-apprenants sur leurs expériences de e-formation. Les étudiants interrogés soulignent que sans discipline, sans la faculté de se donner soi-même des astreintes et des repères, l'e-learning reste difficile d'accès. « Une formation en ligne demande d'abord beaucoup d'organisation et un peu plus de travail qu'une formation traditionnelle, car il ne faut pas hésiter à aller chercher soi -même de l'information et à se documenter en utilisant toutes les po ssibilités qui nous sont offertes et qui enrichissent le cours ». Attention toutefois au risque d'éparpillement : « On se disperse facilement devant la grande offre de ressources et d'informations, le tuteur doit guider les utilisateurs dans leurs recherches en évitant les disgressions. »

« Eviter d'avancer de manière désordonnée et veiller à l'adéquation entre les objectifs poursuivis et le travail fourni. » C'est aussi ce que recommande Jérome Maillot du Centre inffo. Les parcours ne sont plus organisés de façon linéaire : le formé doit donc apprendre à gérer cette nouvelle forme de cheminement.

Maîtrisant l'écrit

Dans son article, Jérome Maillot relève également l'importance du passage de l'expression orale à l'expression écrite. L'auteur souligne que la maîtrise de la rédaction est un préalable à l'utilisation des nouveaux outils de communication. S'il veut être « dépanné », l'apprenant doit s'appliquer à expliciter clairement ses problèmes.

Une étudiante interrogée par le Préau confirme l'importance de « la capacité à la formalisation de sa pensée et à sa formulation, en particulier pour des formations nécessitant des échanges importants. Le e-learning c'est le retour de l'écrit, et dans la communication écrite on prend le temps de formaliser sa pensée».

A l'aise avec l'outil informatique

Pour pouvoir se former via Internet, les apprenants doivent savoir utiliser les nouvelles technologies et posséder une certaine culture informatique. S'ils découvrent à la fois les contenus et les outils, ils sont alors trop centrés sur ces derniers et le transfert de connaissances risque d'être faible.
La technologie est, dans ce contexte, une source d'abandon ou de motivation... « Les apprenants et les formateurs qui ont persévéré considèrent tous que l'un des effets bénéfiques de la formation est de leur avoir permis d'être à l'aise dans l'utilisation des TIC et de l'informatique en général. » révèle Madame de Metz. 3

Ayant l'esprit de synthèse

Lorsqu'il échange avec les autres apprenants au sein d'un forum ou d'un chat, l'apprenant développe une capacité de synthèse forte.
« Pour intéresser les autres apprenants et provoquer une réaction de leur part, les remarques du formé doivent être plus conceptuelles et plus concises » 4 indique un étudiant interrogé par le Préau.

Apprendre à apprendre en e-learning ?

A la question «tout le monde peut-il apprendre à distance ? », nous serions tentés de répondre : « Oui, mais
seulement si». La question devient alors : « peut-on apprendre à tout le monde à apprendre seul ? »

Sandra Bellier répond positivement, pour autant que l'on intègre 5 facteurs :
  • le temps accordé à la formulation d'un projet et le respect du pré requis de la motivation à apprendre
  • La mise à plat des représentations et des attitudes vis-à-vis de la formation qui bloquent l' e-learning .
  • le temps qui sera plus long dans la prise en main
  • l'accompagnement personnel qui sera plus fréquent
  • La formation des tuteurs sur ce type d'accompagnement.

Il s'agit donc d'un réel accompagnement au changement dans toute sa complexité et nécessitant un ancrage fort dans le temps. « En fait, il s'agit d'avoir du temps, temps de préparation, de formulation du projet, temps dans le démarrage, dans l'accompagnement. L'équation économique se trouve alors incompatible avec l'équation pédagogique.
Ce constat est beaucoup plus déterminant des risques d'exclusion du e-learning que des facteurs psychologiques qui empêcheraient certains d'accéder à la formation à distance » 5 regrette Madame Bellier.




1 MAILLOT Jérome « Internet, nouveaux horizons pour la formation », Centre Inffo, septembre 2001

2 LE PREAU « La parole aux apprenants », rendez-vous sous le Préau, n° 21, Chambre de commerce et d'industrie de Paris, novembre 2001

3 De METZ Caroline « Internet ; nouveaux horizons pour la formation opinions des formateurs et des formés», Centre Inffo, Sept. 2001

4 LE PREAU « La parole aux apprenants », rendez-vous sous le Préau, n° 21, Chambre de commerce et d'industrie de Paris, novembre 2001

5 BELLIER Sandra « Le e-learning », Collection Entreprises et Carrières, Editions Liaisons, 2001