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5.11.1 Une formation plus efficace

Certains retours d'expériences semblent confirmer l'efficacité des méthodes d'apprentissage en ligne et à distance :

La journaliste américaine Susan Gilbert de Electric Perspectives 1 cite par exemple une étude KnowledgeNet indiquant que 94% des apprenants ayant suivi une formation informatique en ligne ont réussi leur examen : le taux moyen de réussite étant habituellement de 74% en mode présentiel. L'étude révèle aussi que les tests effectués sur des centaines de stagiaires dans le cadre de leurs études en ligne prouvent qu'en 2 ans, les étudiants ont amélioré leur niveau de connaissance de 50 à 160% par rapport à leur base de connaissances initiale.

Comment expliquer ce taux de réussite et qu'est ce qui favorise une meilleure rétention de l'apprentissage ?

Une formation individualisée et personnalisée


« Individualisé », « sur mesure » et « personnalisé » sont les attributs les plus en vogue pour définir l'e-learning. En quoi l'e-formation s'adapte t - elle au plus juste au profil de l'apprenant ? .

Une adaptation au niveau de l'apprenant
L'e-formation permet de contourner les inconvénients du nivellement, quasi -systématique en présentiel, qui consiste à ramener le contenu du cours au plus petit dénominateur commun afin qu'un savoir minimal soit diffusé dans un laps de temps limité.
Philippe Gil rappelle en effet que « Le présentiel peut être inadapté lorsque les acquis et les besoins des apprenants regroupés sont très disparates. Le formateur doit toujours recadrer son enseignement sur la demande moyenne émanant du groupe afin de ne pas trop dériver vers les besoins spécifiques de l'un ou de l'autre des stagiaires. » 2
Bien souvent, les stagiaires ont accumulé des connaissances variées durant leurs expériences professionnelles. Pour obtenir leur adhésion, le formateur ne peut imposer des contenus et méthodes rigoureusement identiques pour tous les participants.

En e-formation, le programme proposé n'est plus prototypé mais ajusté aux demandes et besoins du stagiaire. Un apprenant ayant un niveau de connaissances inférieur à celui de l'ensemble d'un groupe pourra quand même y être intégré. Il sera peut être moins actif dans les forums et les chats mais bénéficiera d'un échange personnalisé avec le formateur via le tutorat.
« Le cancre ne peut plus alors se cacher au fond de la salle puisque l'individu et ses besoins sont remis au centre de la formation » insiste Philippe Gil.

Sandra Bellier confirme qu' « avec le e-learning, on évite les effets néfastes des groupes hétérogènes dans lesquels tout le monde sort parfois insatisfait ; à commencer par le formateur qui a passé sont temps à s'adapter aux uns en mécontentant les autres : le e-learning devrait proposer du « juste niveau » à chacun. » 3

Dans la pratique, afin de valider l'adéquation du niveau de la formation aux besoins de l'apprenant (et de l'entreprise), il est possible de soumettre l'étudiant à un test de connaissances avant de débuter la formation. Cet exercice permettra d'évaluer les connaissances du salarié, de déterminer les compétences requises pour le poste et de croiser ces deux approches pour définir le parcours de formation de l'apprenant.
On retrouve ici tous les avantages du plus haut degré de personnalisation du parcours de formation, jusqu'alors exclusivement réservée à une certaine élite d'apprenants.

Une adaptation au rythme de l'apprenant
L'adaptation au rythme d'apprentissage de l'apprenant débute très en amont du parcours de formation : en mettant le catalogue de formations en ligne à la disposition de l'apprenant, celui-ci peut décider de l'enchaînement des modules, des formules d'apprentissage et bien sûr de la matière enseignée.

Mais c'est surtout en cours de formation que la personnalisation voit pleinement le jour : le formé choisit le moment, la fréquence et la durée du travail qu'il fournit. Il dispose donc d'une maîtrise totale du rythme d'apprentissage. En ce sens, il individualise lui-même son parcours en fonction de ses besoins.
Cette souplesse du système rend la formation d'autant plus vivante et motivante pour l'apprenant : il passe d'un module à l'autre, d'un enseignant à l'autre selon ses besoins. Il peut bien sûr aussi revenir sur les points incompris.

Autrement dit, en situation d'e-formation, l'apprenant gère son temps comme il l'entend et se met au travail selon ses envies : c'est-à-dire aux moments ou il est le plus apte à recevoir des informations et à les intégrer.

Sandra Bellier revendique cette liberté d'action : « Que le lent puisse aller lentement et le rapide plus vite. Que l'intensité des formations diffèrent dans le temps. Que les contacts avec le tuteur soient très fréquents pour l'un et rares pour l'autre. Bref, que la manière et la vitesse à laquelle se déroule une formation soit une décision négociée avec chacun en fonction de son emploi du temps, de sa disponibilité, de son envie d'approfondir ou d'accélérer. L'éclatement des unités de temps et de lieu permet à toutes les particularités individuelles de s'exprimer."
Elle met également l'accent sur l'importance du rythme pour la motivation de l'apprenant.
« En salle, il est souvent un problème : trop lent pour les uns, trop rapide pour les autres, il permet de passer à côté du conflit cognitif par ennui ou par décrochage. En formation à distance, le rythme est entièrement maîtrisé par l'individu et du coup, il lui est beaucoup plus difficile de s'échapper d'une consigne dérangeante. C'est par l'absence de limitation du temps d'apprentissage que le travail pédagogique peut / doit un jour ou l'autre se dérouler. »

Un apprentissage par opportunité :
En offrant la possibilité à l'apprenant de cibler précisément sa formation en allant directement explorer les thèmes qui l'intéressent chaque fois qu'il le souhaite ou qu'il en ressent le besoin sans être contraint de suivre l'intégralité d'un module de formation, le e-learning introduit également la notion d'apprentissage par opportunité. La concentration de l'apprenant tout au long de son processus d'apprentissage en est renforcé.
Caroline de Metz, dans son article du Centre Inffo, confirme les bienfaits d'un apprentissage dispersé dans le temps : « Le rythme des formations via Internet permet un apprentissage efficace. En effet, il s'agit d'une situation d'apprentissage dispersé, reconnue pour être plus efficace, en termes de mémorisation, qu'une situation d'apprentissage massé. » 4

Un tutorat personnalisé
Dans une situation de formation via Internet, l'apprenant obtiendra des réponses à toutes ses questions, ce qui n'est pas toujours le cas en formation présentielle.
Certains formateurs vont jusqu'à dire que la relation qui s'instaure grâce à ce mode de communication permet parfois d'aller plus loin qu'en mode présentiel : « Des éléments personnels qui ne seraient pas apparus lors d'une séance de regroupement sont abordés dans les e-mails » 5 indique un e-tuteur interrogé par Madame de Metz du Centre Inffo.

De plus, le fait de ne pas être obligé de se connecter au même moment donne plus de souplesse aux formateurs et aux formés dans l'organisation de leur travail. L'apprenant peut solliciter son tuteur à tout moment et le formateur bénéficie du temps nécessaire pour se renseigner plus avant et répondre à une question dont il ne connaît pas la réponse. « La relation qui s'instaure est plus fréquente et mieux répartie qu'en présentiel : ce qui permet au formé une assimilation plus efficace. Il pose les questions au fur et à mesure de sa confrontation avec des problèmes d'apprentissage » indique encore Madame de Metz.

Elle prévient toutefois des risques d'une absence de toute contrainte temporelle :
« La communication peut paraître lente en comparaison d'un échange en face-à-face. Certains apprenants s'attendent à obtenir une réponse par e-mail, immédiatement après avoir envoyé leur question, presque comme s'ils se trouvaient en présence du formateur. Ils ressentent le délai d'attente comme une négligence de la part du formateur. »

Un suivi pointu de la progression de l'apprenant
Dans le cas d'un programme de formation en ligne, le formateur dispose d'un nombre important d'indicateurs pour retracer le parcours du formé et évaluer sa motivation et ses difficultés.
Il a accès via les traces informatiques laissées par l'apprenant, à une photographie de la progression de chacun.
Cette traçabilité permet un suivi plus fin du cheminement du formé et le formateur n'est plus contraint de se souvenir de l'ensemble des parcours.

Des échanges facilités


Vers les communautés de savoir : une mutualisation des savoirs et des compétences
On reproche souvent aux nouvelles techniques éducatives de laisser l'apprenant seul face à la machine au détriment de l'échange avec le groupe et/ou l'enseignant.
Stéphane Mandard n'est pas du tout de cet avis : « Avec Internet, le Réseau offre la possibilité d'échange, non seulement avec un professeur, mais aussi avec d'autres internautes confrontés aux mêmes difficultés. Le Net nous fait pénétrer dans l'ère du « télé présentiel », c'est-à-dire la présence à distance. » 6

Serge Agostinelli insiste, lui aussi, sur la synergie des compétences, rendue possible par le regroupement virtuel d'acteurs distants.
« L'usage des Groupwares tend à rendre le travail plus « intellectuel », centré sur un échange de connaissances, un travail réellement collectif. La possibilité donnée aux acteurs de travailler en commun dans un espace ou ils communiquent par oral, par vidéo et par écrit leur laissent un champ d'action plus large pour la confrontation des informations, les échanges négociés et, in fine, pour la communication des connaissances. » 7
Le fait que le formé reçoive des remarques et des réponses émanant de plusieurs correspondants est un facteur positif pour la qualité de son travail puisque la critique est plus riche et qu'il doit développer sa capacité d'analyse.

Dans cette optique de collaboration « croisée », le traditionnel schéma de communication descendante maître / élève est remis en cause : l'apprenant devient lui-même producteur d'informations et de connaissances. On assiste alors à une mutualisation et à un réel partage du savoir.

Henry Samier 8 décrit cette nouvelle situation : « La formation est une construction permanente de savoirs personnels ou collectifs à travers le jeu de différentes interactions entre des groupes de personnes. On assiste à une horizontalisation du savoir au détriment de la technique de l'entonnoir ou la connaissance partait du haut (professeur) pour être diffusée vers le bas (les apprenants) »
Mais Le réseau ne profite pas exclusivement aux seuls apprenants : En cas d'indisponibilité ou d'interrogations sans réponse, le formateur peut s'appuyer sur d'autres formateurs présents ou spécialisés sur la question.
Serge Agostinelli pousse même le raisonnement en imaginant que chacun d'entre eux ait une expertise distincte et que les questions des apprenants soient distribuées en conséquence au sein des équipes.

L'enfer, c'est les autres
Un sondage effectué par le centre Inffo 9 révèle que l'individualisation de la relation serait facilitée par le fait que l'échange se construise sans l'influence du regard des autres apprenants.

Jérome Maillot, confirme que « l'absence des autres » contribue à rassurer nombres d'apprenants et ainsi à faciliter le contact avec le formateur. « De peur de dire une bêtise, les apprenants ont tendance à s'autocensurer lors d'un regroupement. La médiation par un réseau permet donc d'estomper la timidité de certaines personnes. » 10

Une relation exclusive
Monsieur Mandart, journaliste au Monde, souligne également que l'exclusivité du contact en e-formation permet une meilleure qualité de l'échange entre les participants.
En formation prèsentielle, le formé peut se laisser distraire par l'environnement de la salle, l'apparence du formateur ou des autres apprenants.
La formation en ligne le libère de toutes ces « dérivations » et lui permet de se concentrer pleinement sur
l'échange avec le formateur ou ses pairs.
« L'apprenant est libéré de tout ce qui est relatif aux impressions lorsqu'il participe à un programme en ligne. La relation avec le formateur et les autres apprenants est susceptible d'être plus franche, moins superficielle. Le mode de communication semble apporter plus d'objectivité par certains aspects. » 11

L'apprentissage de l'autonomie


Françoise Leplâtre, chargée d'étude à l'Observatoire de l'évolution des pratiques de formation estime que « les bienfaits pédagogiques de l'e-formation se traduisent par un apprentissage de l'autonomie puisque l'apprenant est seul face à l'acquisition des savoirs et à son organisation. » 12

Sandra Bellier confirme les bienfaits de la démarche pédagogique visant à mettre l'individu en situation de recherche active et de traitement personnel de l'information.
« Ecouter un formateur n'aura jamais un impact aussi fort que d'aller soi même chercher une information sur le Web, la trouver, la décortiquer, la classer, la comparer avec d'autres et finalement en faire une synthèse. » 13
La solitude de l'apprenant peut le contraindre à se prendre en main et à devenir autonome. L'isolement se transforme alors en accélérateur d'apprentissage. « Pas de risque de déconcentration, regarder les autres faire sans s'impliquer, se mettre en posture de rejet silencieux. Quant on est seul face à son micro ; Il n'y a pas de contrainte ou de contrôle, pas de possibilité non plus de s'échapper de l'effort demandé. A moins d'arrêter la séance » rappelle Madame Bellier.

« Learning by doing » * : de l'intérêt de la mise en situation


C'est prouvé : on apprend mieux en construisant soi-même ses connaissances.
En effet, les possibilités de mise en situation proche du réel « sans danger » facilitent l'acquisition rapide de connaissances et d'expériences riches et complexes.
Pour Philippe Gil, le mode pédagogique interactif a toutes les chances de devenir une des clés du succès des formations multimédias. « La méthode qui consiste à reconstituer un modèle se révèle beaucoup plus efficace en termes d'acquisition de compétences que l'assimilation de divers croquis et textes compilés dans un ou plusieurs documents. 14

Une application en temps réel des connaissances acquises


La souplesse du système d'e-formation permet de programmer sa formation en fonction des exigences concrètes de l'activité.
L'e-formation n'impose plus à l'apprenant de se déconnecter de son activité, voire de coupler en temps réel son besoin de formation avec ses objectifs professionnels du moment.
Les problèmes de remplacements pendant la durée de la formation s'en trouvent de fait supprimé.
Les entreprises ayant participé à l'élaboration de l'ouvrage « Nouvelles technologies éducatives et réseaux de formation » en témoignent : le découpage de la formation en séquences courtes (en moyenne 3 heures) permet à l'apprenant de ne pas être coupé du poste de travail.
En outre, l'alternance des périodes d'apprentissage avec les périodes d'activité professionnelles permet d'appliquer « en temps réel », les connaissances acquises lors de la formation.
« L'apprenant peut ainsi vérifier et mettre en pratique ce qu'il a appris et faire appel à l'équipe de travail pour asseoir un point de vue, une méthode ou un processus. » 15 indiquent les auteurs




1 GILBERT Susan « e-learning is e-normous » Electric perspectives Mai 2001

2 GIL Philippe « @-formation - NTIC et Reengineering de la formation professionnelle », Dunod, Paris, 2000

3 BELLIER Sandra « Le e-learning », Collection Entreprises et Carrières, Editions Liaisons, 2001

4 De METZ Caroline « Internet ; Nouveaux horizons pour la formation. Opinions des formateurs et des formés», Sept. 2001

5 De METZ Caroline « Internet ; Nouveaux horizons pour la formation. Opinions des formateurs et des formés», Centre Inffo Sept. 2001

6 MANDARD Stéphane, « Les nouvelles technologies », Le Monde, 26/04/2000

7 AGOSTINELLI Serge « Comment penser la communication des connaissances ? Du cd rom à l'Internet » L'harmattan Communication et Technologies

8 SAMIER Henri « L'Université Virtuelle », Hermès Sciences Education, Volume 1, n° 2, 2000

9 De METZ Caroline « Internet ; nouveaux horizons pour la formation. Opinions des formateurs et des formés», Sept. 2001

10 MAILLOT Jérome « Internet, nouveaux horizons pour la formation », Centre Inffo, septembre 2001

12 LEPLATRE Françoise « Internet : les formations ouvertes et à distance : une chance historique » Centre Inffo, septembre octobre 1998

13 BELLIER Sandra « Le e-learning », Collection Entreprises et Carrières, Editions Liaisons, 2001

14 GIL Philippe « @-formation - NTIC et Reengineering de la formation professionnelle », Dunod, Paris, 2000
  • « Apprendre en faisant »

15 ELECTRICITE DE FRANCE GAZ DE FRANCE FRANCE TELECOM RENAULT, sous la direction de Pierre Caspar, « Nouvelles technologies éducatives et réseaux de formation. Des entreprises parlent de leurs expériences. » Editions d'organisation, 1998