2.3 « Retour sur une débâcle à l’Américaine : le lourd passé de l’enseignement à distance »
Dans son article du Monde Diplomatique, L'historien David F. Noble explique que la fièvre commerciale s'emparant des promoteurs américains de l'enseignement à distance au début du siècle fut aussi la cause de son effondrement et de celle d'un certain nombre de sociétés commerciales.
Les dépenses énormes engendrées par les campagnes promotionnelles et la
prospection de clientèle se faisaient au détriment des investissements
nécessaires à une instruction de qualité : enseignements médiocres,
suivi inexistant, incompétence des correcteurs, débouchaient sur un
taux d'abandon très important ...
Toutefois, en cas de « décrochage » de l'étudiant, l'école gardait la
totalité du paiement et n'avait plus à financer les frais d'instruction
de ce dernier.
C'est pourquoi, cette logique économique cynique prit le nom de « l'argent du décrochage » (« drop out money »).
M. Noble semble persuadé que les partisans actuels de la télé
formation, envoûtés par la technologie (et les gains susceptibles d'en
découler) ne tirent aucune leçon de cette expérience exemplaire.
Ils ne seraient guidés, eux aussi, que par les plus values à réaliser au détriment de toute considération
pédagogique.
Et que penser à la lecture du chiffre ci dessous ? :
Les rares sources émanant des grands opérateurs de la formation à distance en France ou des expériences
d'entreprises nationales attestent d'un taux d'abandon moyen de 80%
dans les disposit ifs longs de formation à distance et / ou en ligne !
! (Tout publics, niveaux et formations confondus) 2
La « @-folie » s'est-elle réellement emparée des acteurs du marché et
va t'elle emmener la eformation dans sa chute, à l'instar de la
formation à distance américaine du début du XX siècle ?
Passées les annonces grandiloquentes sur la r@volution
engendrée par le e-learning, il semble toutefois que la prudence ait
pris le pas sur l'euphorie première : on assiste depuis le début 2001 à
une analyse plus posée du potentiel de ce nouveau marché.
Ce retour à la raison ne s'est d'ailleurs pas fait sans douleur pour
nombres de « jeunes pousses », passées du stade de « start-up » à celui
de « start-down » en l'espace de quelques mois.
Une étude menée par Arthur Andersen 3 confirme d'ailleurs l'attachement des entreprises françaises aux modes de formation traditionnels.
Ainsi, début 2000, la formation en salle restait la norme pour 92% des
sondés et parmi les nouveaux outils de formation, seul le cd rom
commençait à émerger (30% d'utilisateurs depuis 1 ou 2 ans.)
Toutefois, il serait naĩf de nier l'émergence de nouveaux paradigmes
lié à l'apparition et è l'utilisation d'Internet. Plutôt que «
d'apparition », il faudrait d'ailleurs parler de « déferlante » :
depuis ses débuts en 1991, le Web s'est imposé comme un des moyens
d'accès à l'information des plus efficaces et des plus utilisé.
Ainsi, depuis 3 ans, le nombre de ses utilisateurs en France double presque tous les mois 4.
Et c'est là une grande différence avec l'EAO des années 70 qui avait
réduit la télé formation à l'utilisation d'une technologie embryonnaire
au mépris de toute humanisation et donc valorisation de l'apprentissage.
Grâce au potentiel d'Internet, une nouvelle relation à la technologie s'installe.
Il n'y a quasiment plus de résistance à l'utilisation des NTIC : elles
font maintenant partie du quotidien de la plupart des salariés et d'un
nombre croissant de citoyens.
1 NOBLE F. DAVID, « Retour sur une débâcle à l'Américaine : le lourd
passé de l'enseignement à distance » Le Monde Diplomatique, avril 2000
2 GAUTHIER PHILIPPE-DIDIER, « la dimension cachée de la e-formation »,
http: //thot.cursus.edu/rubrique.asp ?no=15893, 28/08/2001
3 ARTHUR ANDERSEN, L'irrésistible ascension du e-learning, Mars 2000, réactualisée Mars 2001
4 SHARED VALUE SA, RH INFO, Etat du e-learning en France, 1er semestre 2001