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Introduction

Au dix-neuvième siècle et durant près d’un siècle et demi, la révolution industrielle et la société induite par cet état de fait s’étaient majoritairement et progressivement construites sur des secrets de fabrication, des brevets et des méthodes de travail. La résultante en a d’ailleurs été la recherche constante de la productivité et les nombreuses théories réductrices au niveau de la créativité. L’apogée de ces méthodologies d’une recherche de productivité poussée à l’extrême se localise principalement au Japon et date de la seconde moitié du vingtième siècle.

Le troisième millénaire s’ouvre heureusement sur un monde différent qui balaie ces anciennes spécificités. Il s’axe ainsi au contraire, tout du moins dans l’économie occidentale, sur une suprématie des métiers à forte créativité. Aujourd’hui, au niveau planétaire, deux mondes principaux coexistent et s’affrontent. Le modèle de tous les pays en voie de développement qui remet en cause la capitalisation forte de l’entreprise en se fondant sur une main d’oeuvre abondante et bon marché à la place de machines coûteuses et le modèle occidental qui se dirige de plus en plus vers une économie du savoir et de l’innovation. Cette dernière se révèle donc tributaire de l’appropriation et de la croissance des Technologies de l’Information et de la Communication qui s’imbriquent de plus en plus fortement dans le monde de l’Internet. Ce media se distingue d’ailleurs par une spécificité peu commune. Un fonctionnement de club où chacun reconnaît sa tribu dans un mode autonome, collaboratif et autarcique mais où l’ouverture est aussi de mise pour partager les fruits de la production de la tribu avec l’extérieur.

Un autre monde peut donc se construire autour de valeurs comme l’éthique, le partage, la transparence, l’ouverture, ou sur un autre rapport à l’argent où le profit des uns bénéficie aussi à l’ensemble. Le secteur de l’informatique n’échappe pas à cette mutation. Il connaît d’ailleurs une chance unique de produire à meilleur escient des logiciels à plus forte valeur ajoutée et de meilleure qualité. Ces solutions reconfigurent déjà la relation client/fournisseur sur des valeurs de confiance fortes et inscrites dans la durée.

L’Internet représente en grande partie la véritable aventure originelle du libre, il en est même désormais son principal catalyseur. L’historique du secteur de l’informatique des années 1950, la naissance d’un nouveau métier, les éditeurs de logiciels propriétaires dans les années 1980 et la riposte de Richard Stallman, le père spirituel du logiciel libre, symbolisent pour leur part l’autre source. La reconnaissance internationale de GNU/Linux, un système d’exploitation libre, disponible durant le début des années 1990 crédibilise enfin le secteur libre auprès du monde professionnel et financier. La validité économique du modèle libre est désormais admise sous des aspects de rentabilité. Les succès des premières sociétés commerciales libres construites autour de ce produit sont dorénavant là pour témoigner d’une alternative fiable et pérenne à la production de logiciels propriétaires.

L’évolution rapide du monde numérique reconfigure aussi le monde du libre et n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur son fonctionnement. Grâce aux nombreux outils développés par ses pairs ou mis en place par les grands acteurs de l’informatique comme IBM, le libre s’oriente de plus en plus vers une professionnalisation très forte sans perdre ses valeurs éthiques. Son évolution vers les logiciels applicatifs en contact direct avec l’utilisateur final, (néophyte de la complexité du monde de l’informatique), constitue la deuxième preuve de sa maturité professionnelle.

Néanmoins, des incertitudes demeurent. La multiplicité des licences et l’épineuse question de la brevetabilité du logiciel, dont le rejet par le parlement européen est un premier signe de victoire, fragilisent le secteur en lui attribuant une opacité perçue comme un risque majeur par les décisionnaires des organisations. Pourtant, des éléments de réponse existent désormais et il devient même possible de réduire au maximum ce risque. Ainsi à la question : faut-il introduire du logiciel libre dans son organisation ? La réponse se veut positive. L’étude des avantages, versus les inconvénients plaide d’ailleurs très largement en faveur du libre. Ne pas utiliser du logiciel libre, c’est dorénavant encourir un risque encore plus grand à terme.

De nombreux secteurs intègrent du libre, les Télécommunications en pleine restructuration avec l’arrivée de la téléphonie sur Internet caractérisent au mieux cette tendance. D’un point de vue macroéconomique, le logiciel libre se définit dorénavant comme une opportunité pour de nombreux pays 6 de réduire leur fracture numérique. Quant aux économies européennes 7, elles y voient désormais un moyen de se désengager de l’hégémonie de certaines grandes sociétés américaines de l’informatique. La possibilité de produire à façon des solutions informatiques pour des structures légères comme les PME, tout en utilisant une main d’oeuvre présente sur le territoire national, renforce encore cette coupure entre l’Europe et les éditeurs américains.

L’étude de l’environnement microéconomique du libre démontre, pour sa part, l’existence d’un marché de services additionnels, prestations indispensables pour une professionnalisation du secteur. De nombreux décisionnaires n’ont certes pas envie d’assurer eux-mêmes en interne ces prestations. Pour percer, les sociétés commerciales du libre devront rendre transparent le passage du logiciel propriétaire au libre en proposant des services additionnels au moins identiques à ceux connus auparavant. L’étude de ces prestations extérieures clôture alors notre première partie intitulée « Manuel pratique du libre ».

Le second volet de notre étude s’ouvre sur l’enquête réalisée auprès des différentes organisations. Celle-ci nous révèle enfin la véritable perception du libre dans le monde professionnel. En répondant à la question : « quelles sont les attentes de ces organisations ? », nous achèverons notre travail d’investigation vis-à-vis de ce monde libre qui se veut une nouvelle façon de produire un logiciel sur des standards ouverts et pérennes.



6 Les pays en voie de développement caractérisent parfaitement cette situation.
7 Notamment les administrations allemandes et françaises.