Analyse des résultats
A la question, quels sont les avantages du logiciel libre selon la vision des organisations ? la réponse est claire. Déployées ou non, les solutions libres intéressent les organisations sous deux aspects majeurs :
- les coûts et leur maîtrise,
- l’indépendance vis-à-vis des fournisseurs, spécificité totalement corrélée à une ouverture du code source.
L’enquête démontre donc une demande de liberté du code qui arrive en seconde position après le critère de dépenses en adéquation avec une stratégie de rentabilité nécessaire à toute entreprise. Plus qu’une notion de coût ponctuel, les organisations ressentent cette spécificité corrélée à un paramètre sous-jacent de durée qui s’assimile donc à une maîtrise des coûts. Cette notion est d’ailleurs inhérente au logiciel libre, l’indice de satisfaction la renforce avec 60% des organisations qui se déclarent très satisfaites du paramètre coût : une performance à signaler.
Certains nous ont même mentionné des réductions de coûts très significatives, jusqu’à dix fois leur montant initial, lorsque la mise en production est finalisée et que la maîtrise s’impose alors. Les coûts de mise en service ne sont effectivement pas récurrents. Si l’entreprise possède déjà du logiciel libre, l’autre avantage concerne alors la possibilité d’obtenir des logiciels plus en adéquation avec ses besoins. Les gains effectués par le manque d’achat de licences se transfèrent alors sur le développement de briques additionnelles en correspondance avec le métier de l’organisation. Un sur-mesure de masse adapté en fonction des spécificités des organisations, une dépense jugée raisonnable pour investir.
Quels sont les freins constatés lors d’un déploiement de logiciels libres ?
Ne soyons pas idéalistes, le libre ne constitue pas la panacée à toutes les problématiques engendrées par la mise en service d’outils informatiques au sein d’une organisation. Porteur de nombreux avantages, il présente également des inconvénients qui dépendent de la solution retenue. Les premiers freins évoqués concernent une difficulté d’appropriation des outils, un manque de documentation, une immaturité de la solution et un nombre de références existantes insuffisantes. Le taux de satisfaction par rapport à la facilité d’utilisation est révélateur, environ un client sur six se déclare « d’insatisfait à très insatisfait ». Ce paramètre prend un sens particulièrement critique lorsque la mise en service du logiciel est pressante. La formation n’est alors plus envisageable dans le temps imparti. Néanmoins, une bonne connaissance du libre ou l’appel à un prestataire extérieur du secteur permettra de limiter et dans certains cas de gommer complètement ces inconvénients si le facteur temps demeure encore compatible avec cette approche.
Vers une demande croissante de prestataires extérieurs ? Quelles attentes vis-à-vis du prestataire ?
Les premiers utilisateurs de logiciels libres possédaient souvent des compétences techniques pointues en interne. L’arrivée du libre dans de nouvelles organisations avec une expertise technique moins pointue s’apparente à une progression logique du recours à un prestataire extérieur pour venir seconder l’organisation. Les données constatées s’inscrivent donc dans ce souhait de diffusion de plus en plus large. La demande d’aide externe des organisations passe ainsi de 39% à 75%, soit une progression environ multipliée par deux.
Dans le contexte précédent, l’ancien prestataire informatique représentait souvent la porte d’entrée du libre, les SSLL captaient seulement 15% du marché. Cette tendance pourrait évoluer, de nombreuses SSLL ont effectivement vu le jour entre 2002 et 2004. Elles sont actuellement positionnées sur un secteur de niche et maîtrisent fréquemment parfaitement une ou plusieurs gammes de produits. De par leur présence accrue, elles devraient conquérir des parts de marché. Néanmoins, pour perdurer sur leurs marchés, les SSII ont généralement intégré une offre libre en leur sein.
Au final, le client reste le seul décisionnaire, mais il est clair qu’il y gagnera nécessairement à terme sur les aspects de pérennité et de relation de confiance vis-à-vis du fournisseur retenu. Par rapport aux attentes, elles se localisent bien sur des services additionnels comme nous l’avons explicité précédemment : la première demande concerne du conseil. Une expertise métier et libre est alors nécessaire pour répondre à ces besoins. L’aide au déploiement, donc la rapidité de mise en oeuvre et le transfert de compétences priment dans une seconde approche. La dernière demande se localise sur la formation, un poste qui se développera, surtout si l’utilisateur est concerné directement par l’utilisation du logiciel.
Quelles solutions libres intéressent plus particulièrement les organisations et quelles sont les tendances déjà identifiables ?
Les serveurs GNU/Linux devraient continuer leur croissance, car ils ont fait plus que leurs preuves. Les bases de données connaissent aussi une forte montée en puissance en mode hébergé ou non : MySQL est la plus fréquemment citée. Les solutions sécuritaires, de par leur faible coût et leur robustesse, séduisent fréquemment les organisations ayant des compétences techniques pointues en interne.
Parmi les solutions libres qu’elles souhaitent rapidement déployer, les organisations évoquent aussi des projets de type collaboratif, donc en contact direct avec l’utilisateur final. Les solutions bureautiques comme OpenOffice sont d’ailleurs souvent mentionnées. Beaucoup d’entreprises les testent désormais régulièrement en interne mais ne les déploient pas sur l’ensemble du parc, ce sont uniquement des phases d’exploration et d’apprentissage. Certaines ont mentionné vouloir utiliser OpenOffice 2.0, cette version est actuellement en développement en version bêta non stable. Le renouvellement d’un parc de licences Microsoft est aussi un puissant vecteur de réflexion. Il plaide souvent alors en faveur de l’entrée d’OpenOffice dans l’organisation.
Pour quelles raisons les entreprises ne déploient-elles pas de logiciel libre ?
Tout d’abord les logiciels internes propriétaires leur donnent entièrement satisfaction. Remplacer un existant qui sied, c’est prendre un risque. Deuxièmement, il existe une méconnaissance des entreprises par rapport au libre. a priori, la première raison évoquée est plus complexe qu’il n’y paraît. Les logiciels propriétaires donnent en fait satisfaction aux directions générales ou sont imposés dans une stratégie « corporate ». Les directions informatiques ne sont pas toujours décisionnaires dans le choix de leur stratégie d investissement. Face au risque de l’inconnu et par méconnaissance du secteur, les directions générales restent frileuses vis-à-vis de déploiement de logiciels libres au sein de leurs entreprises. Il est important pour les directions opérationnelles, comme les services informatiques de sécuriser au mieux leur direction générale sur les logiciels libres.
L’éducation viendra de l’opérationnel pour remonter vers le stratégique. Le calcul du risque et le gain associé en contrepartie représentent des éléments déterminants pour ces décisionnaires. Leur donner les éléments pour les évaluer est un enjeu décisif pour la diffusion du libre dans les entreprises. Une société sur cinq prévoit de déployer pour la première fois, une solution libre. Cette donnée reflète donc la croissance potentielle des « parts de marché » qui restent à conquérir. Communiquer sur les atouts du libre est d’ailleurs sa meilleure publicité. Néanmoins, comme nous l’avons évoqué, certaines solutions libres comme les progiciels ne sont pas matures et de surcroît difficiles à mettre en service dans le monde professionnel. Cette caractéristique est évoquée dans l’enquête lorsqu’on y mentionne l’item « une migration difficile par rapport aux applications métiers ».
Pour conclure sur cette analyse, nous évoquerons la veille effectuée par les entreprises sur le secteur de l’informatique : contrairement à ce que l’on aurait pu penser Internet n’est pas le vecteur le plus répandu. Les forums sont souvent utilisés de manière fortuite pour résoudre une problématique ponctuelle. Des recherches sont alors effectuées au cas par cas, souvent au moyen de Google, mais la récurrence à un même forum est plutôt un fait rarissime. A contrario, la presse informatique constitue la principale source de veille, 01informatique reste le plus largement cité en notoriété spontanée. Néanmoins un autre vecteur de propagation se constitue via le réseau de collègues ou non, généralement informaticiens qui s’échangent alors les informations les plus pertinentes et les meilleures astuces du moment : la notion de communauté prédomine là encore !
Synthèse des résultats de l’enquête : les points clés
- L’enquête a été réalisée auprès de cent dix organisations par téléphone. Les interviews se sont effectuées essentiellement auprès des directions informatiques du monde de l’entreprise. Cette étude est uniquement nationale et concerne deux secteurs géographiques : l’Ile de France et l’Alsace.
- Dans leur quasi-totalité, les directions informatiques ont des connaissances très hétérogènes sur le secteur du logiciel libre. Néanmoins, 44% des entreprises les utilisent même en interne.
- Pour ceux qui ont déjà déployé, le principal avantage réside dans la maîtrise des coûts et l’inconvénient majeur dans une difficulté d’utilisation. Surtout dans le cadre de solutions de type infrastructure où les consoles d’administration ne sont pas toujours très conviviales. Les solutions d’infrastructure restent les plus déployées : GNU/Linux, MySQL, Apache…
- On constate que des entreprises sans connaissance technique interne souhaitent désormais intégrer des solutions libres. La demande en prestations externes devrait progresser très significativement dans les mois à venir. Sur l’échantillon retenu, un ratio de croissance de 2 a été estimé.
- Les SSLL, Sociétés de Services en Logiciels Libres, doivent s’imposer rapidement sur ces nouvelles demandes. En effet, les SSII vont tenter de conserver leur portefeuille d’affaires et se positionnent sur ces marchés. Elles assurent d’ailleurs dans certains cas la promotion du libre directement auprès de leurs clients pour se positionner dans un fonctionnement de précurseurs.
- Certaines sociétés n’ont pas déployé de libre à cause de la satisfaction engendrée par les solutions propriétaires qu’elles détiennent. La méconnaissance du logiciel libre constitue la seconde raison. Parmi les sociétés interviewées, quelques unes ne possèdent pas toujours le pouvoir décisionnel de bâtir une stratégie libre. Leur mode de fonctionnement est entièrement établi en « corporate ».
- Les directions opérationnelles informatiques doivent vendre en interne à leur direction générale le monde libre et le démystifier.
- Les années 2005/2006 seront décisives pour le libre et ses solutions applicatives. Des percées d’OpenOffice et de solutions collaboratives sont à prévoir. Le secteur de l’entreprise va de plus en plus utiliser des logiciels libres. Sa sortie du monde technique et scientifique est désormais une réalité incontestable.