Secteur public et logiciels
La percée de l’utilisation des solutions libres au sein du secteur public est incontournable et s’établit donc selon deux modes de propagation différenciés mais néanmoins complémentaires :
- l’utilisation de solutions libres développées par des communautés externes,
- la mutualisation de programmes informatiques, par des acteurs publics multiples, édités sous une licence libre afin de les mettre à la disposition de tous.
L’objectif premier de ces deux courants réside d’ailleurs dans différents facteurs. La réduction de l’enveloppe budgétaire globale consacrée aux dépenses informatiques du secteur public représente ainsi le premier facteur souhaité. Vient ensuite la volonté d’un développement plus réactif et enfin la création de nouvelles compétences informatiques en interne. Les domaines d’applications se veulent donc très vastes : Intranet, Internet, bureautique, dématérialisation, cartographie, domaine de la santé, …
Dans le contexte précis du premier mode de propagation, la grande majorité des applications se révèlent similaires entre les domaines privé et public. Les solutions les plus déployées restent bien sûr les programmes phares tels que GNU/Linux, l’architecture LAMP, OpenOffice, Firefox, Postfix, Sendmail, … Néanmoins, la différence primordiale entre les deux sphères se détermine probablement dans l’approche du poste utilisateur. Sur ce point, le secteur public devance dans son déploiement et sa réflexion le secteur privé. OpenOffice constitue ainsi un exemple probant de cette situation de fait. Les suites bureautiques libres et gratuites et ce même au niveau international ne cessent de prendre de l’ampleur. Le libre se déploie donc rapidement dans un environnement international propice à sa progression et touche autant l’infrastructure que l’applicatif.
Quant au second mode de propagation, il matérialise une volonté forte des différents gouvernements et s’inscrit dans une politique de mutualisation et d’échanges constructifs entre les différents acteurs publics. En France, l’association l’Adullact 129 créée en septembre 2002, reflète cette politique. Sa création rassemble plusieurs villes, des communautés urbaines, des conseils généraux et régionaux. L’Adullact bénéficie en outre de l’appui des principales associations investies dans la promotion du logiciel libre.
C’est un mouvement de développement collaboratif, dont un des axes s’exprime dans la préférence des technologies Intranet, l’outil collaboratif par excellence. Des projets coexistent et se développent donc en son sein. Certains proviennent même du monde privé comme ERP5 130, un ERP diffusé dès l’origine sous licence libre pour mutualiser les coûts de maintenance. D’autres ciblent spécifiquement l’environnement public : gestion de dépouillement en temps réel des élections, gestion des listes électorales, … Néanmoins, on trouve aussi des solutions dont l’utilité est totalement indépendante du secteur considéré : outil de gestion du temps de travail et des demandes de congés, mise en place d’un portail, … Il faut d’ailleurs supprimer une configuration trop souvent survenue dans le passé : le développement de logiciels métiers sans garantie de suivi et sans mutualisation des coûts. Une situation qui se traduit par une profusion de licences non utilisées à bon escient ou du développement à façon de programmes identiques financés sans optimisation par de l’argent public.
Le secteur public s’engage donc fortement dans l’utilisation mais aussi dans la production de logiciels libres disponibles pour tous. Sur ce dernier point, l’état bénéficie aussi d’une avance. La grande majorité des entreprises privées reste encore majoritairement peu sensibilisées aux avantages de produire des programmes informatiques ultérieurement mis à la disposition de tous. Outre les coûts, les avantages sont nombreux : grande souplesse, stabilité remarquable, … Cette politique est d’ailleurs entièrement corrélée avec l’utilisation de plus en plus fréquente de l’Internet dans les tâches quotidiennes du citoyen. Une ouverture vers des standards ouverts et des solutions interopérables entre elles traduit parfaitement ce contexte.
Le secteur public et le libre vont donc s’interfacer de plus en plus fréquemment entre eux. Non seulement, une réduction significative des coûts liés au budget de l’état existe mais le secteur privé bénéficie par effet de ricochet de solutions utilitaires. La mise à disposition pour tous de ces programmes s’inscrit en concordance avec les principes de liberté, d’égalité et de fraternité propices à l’épanouissement de l’être humain.
129 Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Locales http://www.adullact.org.
130 http://www.erp5.org.