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Guide CMS

Logiciels libres et monde de l’entreprise privée

Au commencement de la nouvelle économie, le monde Internet avait classifié les entreprises selon trois catégories distinctes :

  • les brick and mortar, des entreprises sans aucune interaction avec le monde virtuel,
  • les click and mortar, des compagnies à la couverture duale : la toile et l’ancienne économie,
  • les pure players, des acteurs du monde virtuel uniquement.

Aujourd’hui, ces catégories coexistent toujours avec une hiérarchisation plus floue, mais les sceptiques de l’Internet ont quasiment disparu. L’utilité de la toile a donné plus que des preuves. La rentabilité des pure players s’est officialisée, des mastodontes se sont construits en un temps record et leur forte croissance régulière fait désormais rêver de nombreuses sociétés traditionnelles. Dans le monde des pure players, petits ou grands, une constante règne : l’utilisation de logiciels libres. Dans un environnement où les clients sont très avertis et les marges souvent très réduites en comparaison du monde physique, les coûts induits par l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication sont à dompter au plus tôt. Amazon, Google, Ebay, Yahoo, … se sont construits sur du logiciel libre et l’utilisent à chaque instant. Google s’illustre même dans la partie hardware, en employant des PC bon marché transformés en serveurs mais fonctionnant sous GNU/Linux. Dans un contexte similaire mais en système d’exploitation propriétaire, Google aurait fortement peiné pour s’imposer. Ses coûts de mise en route et de fonctionnement auraient effectivement été beaucoup plus élevés.

Le logiciel libre supprime donc le coût des licences et autorise une marge appréciable en termes d'adaptation, de réactivité et de fiabilité. Si l'on omet temporairement les paramètres de réactivité et de fiabilité, le gain en licences non déboursées devient donc directement transférable. Des coûts d’ingénieurs développement pour adapter le logiciel aux besoins de l'entreprise et/ou à la formation des utilisateurs représentent alors une solution éventuelle. Les grands comptes traditionnels ont parfaitement compris ces avantages.

Dans le contexte actuel, le monde de la grande entreprise connaît une arrivée massive des logiciels libres fonctionnant en mode infrastructure. Ces solutions sont d’ailleurs utilisées directement par un public d’informaticiens et non pas par l’utilisateur final. Leur appropriation s’en trouve donc grandement facilitée. Pour fonctionner, les serveurs utilisent majoritairement GNU/Linux. L’ensemble de la chaîne de valeur jusqu’aux services existe désormais de façon éprouvée et pérenne. Les compétences informatiques en interne sont dorénavant généralement disponibles, toutes les écoles techniques enseignant maintenant ce système d’exploitation. Les solutions de sécurité, pour lesquelles le monde du libre est reconnu pour leur grande qualité, plaisent aussi aux grands comptes pour leur fiabilité, leur parfaite adéquation avec les besoins réels du marché et leur ouverture du code. Les solutions Internet constituées de serveurs et de base de données proviennent actuellement majoritairement du libre. Leur robustesse et leur fiabilité font d’ailleurs leurs preuves quotidiennement. Sur ces secteurs d’applications, les pure players ont crédibilisé l’offre. Leur gestion quotidienne d’une très forte volumétrie de transactions financières ou de pages vues démontre la grande fiabilité du libre.

Pour séduire les grandes organisations, les acteurs du libre se veulent imaginatifs. La société MySQL AB propose ainsi sur ses contrats de support haut de gamme, MySQL Network, une couverture financière en cas de litige juridique. Certaines sociétés hésitent encore à opter pour du libre par peur d’un contentieux juridique. Les éditeurs se veulent donc rassurants et transfèrent ce risque à leur charge. Pour renforcer sa crédibilité, l’éditeur JBoss a finalement obtenu de SUN en juillet 2004, la certification J2EE 1.4. Cette dernière renforce la crédibilité du professionnalisme de JBoss (http://www.jboss.com/)et lui permet de se positionner sur les appels d’offres des grandes administrations et des grands comptes. Quant à IdealX 131, en 2002, il crée un club pour une meilleure collaboration entre les communautés et les grandes entreprises. La société propose ainsi un ensemble de solutions professionnelles libres et de services d’intégration pour accompagner leur déploiement. Ces offres ciblent les grands comptes et les administrations et se déclinent selon trois domaines d’expertise très pointus : la dématérialisation, la gestion de l’identité, l’infrastructure sécurisée.

A contrario, les progiciels libres dans leur ensemble ne sont pas encore prêts dans un déploiement à destination de grands comptes. Ils manquent de maturité et se heurtent à une nécessité de disposer de moyens humains et financiers conséquents et réguliers afin de respecter les contraintes réglementaires et sociales, par exemple. Les grands comptes ont massivement investi dans les ERP, les CRM, les GRH 132, les logiciels de paye et de comptabilité … Les solutions Oracle, SAP, PeopleSoft, JDEdwards ont par exemple été déployées à grand frais et leur mise en service a radicalement modifié les fonctionnements internes et externes des processus. De nombreux paramétrages et formations se sont d’ailleurs déroulés pour optimiser leur utilisation. Face à cet état de fait existant et à un contexte souvent mouvant, les progiciels libres auront du mal à s’imposer. Dans le cas de la fonction paye, par exemple, il faut suivre au fil de l’eau les évolutions sociales pour les rendre compatibles en temps réel avec les exigences nationales de chaque pays. Un développement en mode décentralisé aux quatre coins de la planète ne constitue peut-être pas toujours la solution la plus adéquate pour répondre à ces spécificités.

Des initiatives sont néanmoins lancées sur le territoire national. Partageant le constat de l'absence de disponibilité d'un logiciel libre de comptabilité et consciente de son importance, notamment pour les Petites et Moyennes Entreprises, l'APRIL a ainsi récemment lancé le projet PASCOLI (PASserelle COmptabilité Libre) 133.
Néanmoins, les prochains bouleversements viendront sûrement des applications Internet 134 et des solutions bureautiques. La version 2 d’OpenOffice est susceptible de faire basculer un très grand nombre de sociétés. Cette dernière a de quoi séduire la très grande majorité des utilisateurs de bureautique. Dans les grands comptes et les administrations, le libre se diversifie et se diffuse donc jusqu’à l’utilisateur final.



131 IdealX, développement et intégration de solutions Open Source - http://www.idealx.com/.
132 ERP = Entreprise Ressources Planning, CRM = Customer Relationship Management, GRH = Gestion des Ressources Humaines.

133 Pour plus d’informations : http://www.april.org/groupes/comptabilite/.
134 Les outils collaboratifs.