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Guide CMS

La maîtrise des coûts

Les détracteurs du libre insistent souvent sur le fait que le logiciel libre représente un danger important pour les emplois du secteur de l’informatique. Cette affirmation est en fait un leurre.

En effet, uniquement 5% des informaticiens travaillent véritablement chez des éditeurs. Quant aux 95% restants, ils oeuvrent sur des logiciels à façon dans des services internes à l’entreprise ou y sont mis à disposition par une Société de Services en Ingénierie Informatique. Cet argument n’est donc pas recevable, le logiciel libre va bien sûr influencer de façon significative le mode de production du logiciel, mais la personnalisation du logiciel pour l’adapter aux spécificités seront toujours effectuées dans un mode payant 76.

Dans le cas d’une solution métier client 77, seules les briques génériques seront certainement disponibles dans le monde libre. De la même manière, les services additionnels se fonderont sur un modèle économique payant. Plus précisément, les besoins en logiciels libres se classifient essentiellement selon trois scenarii. Leurs coûts et leurs avantages différent en fonction du scénario considéré :

  1. Scénario 1, l’organisation se trouve dans la nécessité de recourir à une nouvelle solution logicielle. Cette dernière se construit sur un assemblage de solution(s) libre(s).
  2. Scénario 2, l’organisation développe un logiciel pour ses propres besoins dont elle souhaite libérer le code source pour réduire ses coûts de maintenance ou autres.
  3. Scénario 3, l’organisation souhaite migrer d’une solution propriétaire vers une solution libre.

Lorsqu’une entreprise fonde ses développements sur des logiciels libres, elle diminue généralement de manière drastique ses coûts de conception logiciel. Cette tendance sera d’autant plus forte que l’entreprise aura acquis une bonne connaissance du secteur libre en interne. Ainsi, plutôt que de réécrire entièrement un programme, l’opportunité lui est offerte d’aller chercher des briques libres qu’elle modifiera et/ou assemblera selon ses besoins spécifiques. Néanmoins, dans tous les cas, le développement du logiciel ne représente qu’une petite part du coût global 78. Fréquemment d’autres maillons suivent et ceux-ci ne sont pas gratuits : intégration, formation, support, … Il est important de tenir compte de ces activités fortement génératrices de coûts 79. Mais dans la majorité des cas, étudiés sur du long terme, ces coûts se révèlent inférieurs à ceux du logiciel propriétaire. Le gain réalisé par l’absence de licences 80 à payer fait souvent la différence finale.

Si l’on s’intéresse maintenant plus précisément au scénario numéro 2, développer un code pour le mettre à disposition du monde libre revient initialement plus cher. Car comme nous l’avons indiqué précédemment, il existe alors une nécessité d’écrire un code lisible et de disposer de spécifications techniques claires. L’attractivité du code et la vitesse d’appropriation du programme par un développeur déterminent l’adoption du logiciel par la communauté. Sa taille influe d’ailleurs sur la qualité finale du travail. Dans ce cas précis, initialement, on assiste à un surcoût du développement compensé par une diminution des coûts de maintenance par la suite. Dans une stratégie de coûts face au monde libre, il faudra souvent investir plus au départ, pour payer moins par la suite. Une approche financière à moyen et long terme est toujours à envisager pour un projet libre : la notion de coût est à considérer dans la durée.

Les détracteurs du libre insistent également sur les coûts de mise en service du logiciel libre en cas de migration 81. Effectivement, ces montants ne sont pas à négliger et peuvent venir influencer fortement l’enveloppe budgétaire initialement consacrée au projet. Ils sont à étudier avec soin : former les utilisateurs, intégrer les nouvelles solutions dans le système d’information, pallier les manques d’applications disponibles, maintenir, réparer … La migration d’un système a toujours un prix. Néanmoins, par la suite, il n’existe plus d’obligation de changer de version car la précédente n’est plus supportée ou de payer des coûts de maintenance prohibitifs.

Pour les grandes organisations, des gains de productivité se localisent en outre dans le suivi des licences, un véritable casse-tête en général. Des réductions de dépenses conséquentes sont aussi possibles, car l’inventaire physique n’a souvent lieu qu’une fois par an. Il existe désormais, principalement sur les parcs importants, des dérives entre les licences réellement utilisées et les licences payées. Dans le monde libre, ces dérives sont impossibles. Plus de nécessité alors de savoir si des licences supplémentaires non utilisées ont été acquittées. Le suivi du parc de licences informatiques devient ainsi caduc. Ce qui signifie du travail en moins pour la direction juridique de l’organisation. La forte progression de l’utilisation des outils mobiles encore plus difficiles à tracer renforce l’attractivité du logiciel libre pour ces aspects de gestion de licence.

S’intéresser à la notion de coûts fait intervenir deux visions complémentaires :

  1. Une meilleure maîtrise des dépenses qui s’inscrivent dans une stratégie à long terme,
  2. Une diminution globale des charges au final.

Choisir d’utiliser du libre n’implique pas nécessairement une diminution des dépenses dès la phase initiale. Par contre, la maîtrise des coûts est une constante lorsque le régime de croisière s’établit. Dans tous les cas, au final en raisonnant sur du long terme et dans un mode projet fondé sur un calcul de retour sur investissement, les solutions conçues sur du libre sont économiquement plus intéressantes. Mais les aspects financiers ne sont pas les seuls avantages, comme nous allons le voir dans le sous-paragraphe suivant : la liberté, l’ouverture du code source et la supériorité induite ne se quantifient pas et n’ont pas de prix.

ScénariiRégime TransitoireRégime de Croisière
N°1
Nouvelle solution logicielle fondée sur du libre
Les dépenses de développement sont moindres – La solution est personnalisable selon les besoins du client.Les dépenses sont identiques à ceux du logiciel propriétaire hormis le coût des licences qui n’existe plus.
N°2
Libéralisation du code source
Les charges de développement sont plus élevées pour rendre le code du logiciel le plus compréhensible possible.Les charges de maintenance diminuent.
N°3
Migration du propriétaire vers le libre
Les coûts induits de migration sont parfois très lourds. Attention aux freins au changement, difficilement quantifiables pour certains logiciels utilisés par un public non informaticien qui présente une forte inertie au changement.Les coûts de licence sont inexistants, les changements de version ne sont plus obligatoires pour le client.
Tableau 3 - Evolution des coûts des différents scénarii de solutions libres



76 Mode payant : travail et coûts internes ou externalisation et coûts externes.

77 Il existera des cas de niches. Des entreprises d’un même secteur qui pour des raisons de diminution des coûts de maintenance, par exemple, se regrouperont en communauté pour développer des solutions spécifiques à leurs besoins. Mais on peut penser que pour l’essentiel, les produits libres axés sur des approches métiers spécifiques resteront marginaux.
78 Pour estimer le coût global d’un logiciel, on peut se fonder sur la notion de TCO, Total Cost Owner. Le calcul tient compte essentiellement de trois postes : les coûts des licences s’ils existent, les coûts de mise en service et les coûts de support.
79 Néanmoins, ces coûts d’intégration, de formation, de support, … existent généralement aussi lors de la mise en service d’un logiciel propriétaire.
80 Le coût des licences n’excède souvent pas 20% du coût de possession global de la solution informatique.
81 C’est le scénario 3.