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Le projet GNU

Le projet GNU – Des années 1990 décisives dans l’histoire du logiciel libre

En 1984, en réponse à la fermeture des codes sources effectuée par les acteurs du monde propriétaire, Richard Stallman, un chercheur en informatique du MIT 22, décide de développer un système d’exploitation libre et ouvert baptisé GNU 23. Il lance alors le concept de logiciel libre, souhaitant protéger l’utilisateur final de l’opacité voulue et entretenue dans le secteur de l’informatique par certains acteurs commerciaux. Par cette action, Richard Stallman se révèle visionnaire. Il comprend alors l’importance future et primordiale des standards ouverts et le danger imminent de la mainmise du traitement de l’information par quelques acteurs privés monopolistiques. Il anticipe également la montée en puissance de l’informatique via sa diffusion de plus en plus massive auprès du grand public.

Le choix de développer en priorité un système d’exploitation libre s’inscrit en fait dans une stratégie globale. Le système d’exploitation symbolise effectivement la pièce maîtresse d’un système informatique complet. Un acteur commercial, s’il parvient à imposer son propre système d’exploitation dans un standard fermé, se voit alors maître de l’interopérabilité avec les couches applicatives. Il était donc important de réagir au plus vite. Mais, l’objectif du projet GNU reste néanmoins de fournir un système informatique complet couvrant tous les besoins des utilisateurs et non pas uniquement un système d’exploitation libre.

Pour poser des bases solides et éviter, entre autres, les dérives constatées dans le cas de l’Unix (un développement non coordonné qui s’était soldé par une série de variantes avec de nombreux problèmes de portabilité longs et coûteux) ; Richard Stallman crée en 1985 la FSF : Free Software Foundation, « une école de pensée 24 » et un cadre formel pour le projet GNU. Les premiers travaux de la fondation s’orientent vers la définition du terme logiciel libre et la rédaction d’un document juridique décrivant leurs conditions d’utilisation. Finalement, la licence publique GNU GPL, « GNU General Public License », concrétisera ces travaux de recherche et déterminera les libertés fondamentales d’un logiciel libre 25 : l’autorisation pour quiconque de l’utiliser, de l’étudier, de le copier, de le redistribuer soit sous une forme conforme à l’original, soit avec des modifications. Les fondements éthiques et juridiques du mouvement du logiciel libre deviennent alors opérationnels.

Dès 1985, Richard Stallman et la FSF développent les briques essentielles d’un système d’exploitation : l’éditeur Emacs, le compilateur GCC, le débogueur GDB, … En 1991, il manque néanmoins la clef de voûte du système d’exploitation : le noyau.

A cette époque, ce dernier dénommé Hurd (http://www.gnu.org/software/hurd/hurd.html) est encore loin d’être achevé et la situation s’enlise. Cette pièce fondamentale manque pour une distribution GNU complètement libre et opérationnelle. Le choix alternatif d’un noyau n’appartenant pas au projet GNU initial va finalement s’imposer et se porter sur Linux qui sera intégré pour sa disponibilité. Il devance également les projets BSD concurrents. GNU/Linux connaîtra un engouement sans précédent de la part de ses utilisateurs et deviendra un puissant ambassadeur de la cause du libre.

L’origine de Linux provient en fait d’une réaction au système d’exploitation Minix. En 1985, un professeur d’université, Andrew S. Tanenbaum développe un système d’exploitation minimum qu’il nomme Minix (http://www.cs.vu.nl/~ast/minix.html). Il se sert de celui-ci à des fins personnelles 26. C’est un outil pédagogique pour ses étudiants, qu’il utilise pour présenter les principaux concepts d’un système d’exploitation. En 1991, Linus Torvalds 27, un étudiant finlandais, décide de concevoir un noyau inspiré de Minix capable de fonctionner dans une architecture fondée sur des microprocesseurs 80386 d’Intel. La solution dénommée Linux sera progressivement incluse au système GNU et donnera naissance à la distribution GNU/Linux, dont la première version officielle sortira en 1994. Malgré tout, le système GNU comportant le noyau Hurd sera lancé en 1996 mais il faudra attendre jusqu’en 2001 pour obtenir une version vraiment stabilisée. De nombreux projets du monde libre trouvent ainsi, leurs racines directement ou indirectement dans le monde universitaire : GNU/Linux, Minix, … L’état d’esprit institué par le libre a donc une place de choix dans le partage du savoir établi par le monde scientifique.

Mais le succès du libre ne s’arrête pas à GNU/Linux. La décennie 1990 sera décisive dans le lancement d’autres logiciels libres phares. En 1995, apparaissent la fondation Apache et son serveur web (http://www.apache.org/). En 1998, c’est au tour du navigateur Mozilla (http://www.mozilla.org/) et du logiciel de traitement d’images The Gimp (http://www.gimp.org/). Le succès mondial connu par ces logiciels n’est plus aujourd’hui à démontrer.

DatesQuelques faits marquants 28
1995Publication du code de PHP
1995Création de MySQL
1996Naissance de KDE, un environnement graphique de travail
1997Naissance de GNOME, une deuxième solution d’environnement graphique 29.
2000Sun rend libres les sources de Star Office = OpenOffice
Tableau 2 - Quelques dates supplémentaires dans l’histoire du libre



22 Dans le laboratoire d’intelligence artificielle du MIT, à la fin des années 1970, Richard Stallman disposait d’une des toutes premières imprimantes laser de Xerox. Comme tout produit innovant, l’imprimante tombait souvent en panne et Richard Stallman demanda à Xerox l’autorisation d’un accès direct au code source du driver pour pouvoir le stabiliser. Cette facilité, pour des raisons de monopole et de coût lui fut refusée. Devant ce contexte, Stallman prit conscience qu’il était important de créer une « liberté du logiciel ».
23 Gnu’s not Unix, l’objectif premier de GNU est d’être similaire à Unix pour être rapidement utilisable mais ce n’est pas Unix, d’où le nom choisi. Le projet GNU n’est pas exclusivement un système d’exploitation, il vise l’ensemble des logiciels libres dont les logiciels applicatifs. Unix est pris comme référence car c’est un programme modulaire, très aimé des hackers, des contributeurs indispensables pour mener à bien le projet GNU - http://www.gnu.org/.
24 C’est un courant de pensées socio-politiques.
25 Les quatre libertés fondamentales : utiliser, étudier, redistribuer et améliorer.

26 Minix est aussi vendu à un prix modique à des universités. Les étudiants en informatique font alors leurs premières armes sur un système d’exploitation simple.
27 Comme tout étudiant en informatique, Linus Torvalds a étudié durant son cursus universitaire, le système Minix.
28 Les sites des solutions mentionnées ci-après : http://www.php.net/, http://www.mysql.com/, http://www.kde.org/, http://www.gnome.org/, http://www.openoffice.org.
29 Linus Torvalds insiste pour la compatibilité entre les deux projets : KDE et Gnome, les performances techniques sont moins bonnes mais l’interopérabilité est sauvegardée. Nous verrons en fait que cette interopérabilité n’est pas tout à fait totale.