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Les trois éthiques

Pekka Himanen, dans son essai L’éthique Hacker démontre qu’il existe au sein des communautés du libre des pratiques sociales correspondant à des valeurs profondes. La nouvelle éthique définie par le monde du libre s’oppose ainsi radicalement à la conception protestante du travail et du capitalisme telle que nous la connaissons actuellement. Dans le monde protestant, le travail constitue en fait une fin en soi. Pour sa part, l’éthique Hacker se définit selon trois pôles :

  • l’éthique du travail,
  • l’éthique de l’argent,
  • la néthique ou éthique du réseau.

Dans le monde du libre, « le travail » ne se vit plus comme une contrainte, mais comme un plaisir, un jeu dans l’engagement d’une passion. Néanmoins, l’effort existe pour développer des produits de qualité au service de tous sans aucune restriction. Généralement, aucun planning strict ne se voit imposé : « software is released when it’s ready 39 », la qualité prévaut. L’utilité des produits prédomine, les programmes ne contiennent pas de modules additionnels superflus, contrairement aux pratiques courantes du secteur des logiciels propriétaires.

Le second paramètre « l’argent 40 » ne s’impose pas non plus comme un mobile de l’activité du hacker. Un des fondements même du mouvement du logiciel libre, initié par les hackers, consiste au partage du savoir entre tous à titre onéreux ou non. Là encore, on trouve comme mobiles qui président à l’engagement dans le travail coopératif volontaire : la passion, la créativité et la socialisation. Etre reconnu par ses pairs est plus attractif qu’une somme d’argent.

Le dernier élément « l’éthique du réseau » s’appuie sur la structure organisationnelle de la communauté. Le réseau est souvent fortement horizontal, mais il existe néanmoins des niveaux de responsabilités différents. Les communautés ont bien sûr des personnalités phares. Ces derniers arbitrent des choix au sein de petits comités. Ils sélectionnent notamment les contributions qui seront finalement intégrées dans la « distribution officielle » du programme concerné. Mais ces structures décisionnaires doivent néanmoins refléter les valeurs de la communauté dans sa globalité et obtenir l’aval de tous.

L’exemple du projet XFree86 (http://xfree86.org), un élément fondamental de l’affichage graphique des PC fonctionnant sous des systèmes libres, notamment GNU/Linux, représente un cas concret de mauvaise éthique du réseau. Les contributeurs se plaignent régulièrement du fonctionnement en mode fermé du projet, dirigé par une dizaine de personnes dont certaines ne contribuaient plus au code que de manière très épisodique. La tension est montée lorsque le bureau a exclu un développeur actif aux compétences reconnues. La modification par le bureau de la licence juridique du projet sans consultation préalable de l’ensemble de la communauté viendra encore amplifier la discordance. En quelques mois, les meilleurs contributeurs quittent le projet XFree86 et créent un clone dénommé « X.org » (http://www.x.org) Les distributions les plus connues de GNU/Linux collaborent actuellement avec ce nouveau projet. Pour sa part, XFree86 est devenu une coquille vide.

L’éthique hacker symbolise une innovation sociale, dont la portée future dépasse largement les limites de l’activité informatique. Elle est ainsi transposable à de nombreux domaines. Les activités artistiques et créatives sont les premières concernées.

Le courant de pensée du libre est fondé sur le partage du savoir entre individus adhérant à une philosophie commune de progrès pour tous. Malheureusement, il existera toujours des « clandestins » du libre, des personnages qui ferment de manière illicite des codes sources libres 41. Mais ces derniers forment heureusement une minorité et il est important de veiller à étouffer leur progression. Dans cette optique, la FSF, entre autres, a d’ailleurs mis en place une politique pour empêcher ces contrefaçons.
Progressivement, le monde libre remet en cause l’organisation de production des logiciels et se positionne à terme comme une nouvelle façon de concevoir industriellement ceux-ci. C’est un sur-mesure de masse grâce à la production de composants logiciels libres.



39 Le logiciel est diffusé quand il est prêt.
40 Le mouvement libre se fonde sur la constitution d’un patrimoine public. Contrairement au monde propriétaire où l’argent constitue une fin, dans le monde libre, l’argent est considéré comme un moyen.

41 Ces sources libres sont bien sûr déposées sur une licence de catégorie persistante.