Une autre vision de la relation client
La disponibilité des sources offre une grande garantie d’adaptabilité des produits aux besoins des entreprises. Le monde libre s’inscrit pleinement dans les nouvelles façons de travailler et de collaborer : l’entreprise étendue et la coopétition 157. Or ces méthodes se révèlent en parfaite correspondance avec la philosophie du libre.
Dans le mode étendu, l’entreprise n’est plus vue comme une entité unique, mais comme une communauté d’acteurs intégrant aussi les fournisseurs, les partenaires et les clients. Le partage de l’information entre ces différentes entités se traduit alors par des gains de productivité, de fiabilité et de réactivité accrue. Ne pas adhérer à ces nouvelles méthodes de collaboration, c’est nécessairement perdre en marges et en avantages concurrentiels. Ce mode de fonctionnement communautaire de l’entreprise rappelle sous certains aspects le monde libre sans les notions de rentabilité inhérentes à toute activité commerciale bien sûr. Pour travailler de manière optimale, la communauté avance néanmoins dans son tout et non individuellement. En mode étendu, la pérennité de l’ensemble des acteurs devient donc primordiale, une discontinuité sera même fortement dommageable dans certains cas. Ce partage de l’information, surtout si elle est sensible et même stratégique, ne peut avoir lieu sans des relations fortes fondées sur la confiance et la stabilité.
La philosophie du libre se fonde sur des relations privilégiées entre le fournisseur et son client, comme nous l’avons mentionné à plusieurs reprises. Les retours sur la relation client des premières sociétés du libre, telles que Red Hat, fondée en 1995 démontrent la force de ces liens. La relation se veut pérenne et s’inscrit dans un profond respect entre les deux parties. Le fournisseur ne commercialise plus un produit « bancal » dans une optique d’unicité de vente, mais s’inscrit plutôt dans une notion de durée et de fidélisation du client. Ces éléments concourent donc à passer par un prestataire du monde libre pour ses besoins en informatique. Comme nous l’avons décrit auparavant, l’industrie du logiciel se dirige de plus en plus vers une logique de services.
Ces derniers s’axent vers la qualité et se traduisent par une très grande diversité de l’offre en adéquation avec les besoins très précis des différents clients. Comprendre les spécificités métiers devient aujourd’hui une obligation pour fournir une solution client personnalisée. Cette connaissance d’un secteur requiert une courbe d’apprentissage en correspondance avec la notion de relation durable du monde libre. De plus, l’ouverture de l’entreprise vers l’extérieur la rend très vulnérable dans son fonctionnement, car elle se doit de communiquer plus pour rester concurrentielle. L’entreprise se voit donc confrontée à l’obligation de choisir au plus tôt les bons fournisseurs dans tous les domaines et de surcroît dans celui de l’informatique. Pour perdurer les sociétés commerciales du libre devront être capables de construire des relations de confiance avec les communautés et d’adhérer pleinement à leur éthique 158. Ce travail avec le monde des contributeurs libres constituera le meilleur certificat de confiance de la société commerciale vis-à-vis de ses clients et prospects.
Dans le monde du libre, la coopétition est de mise. Mais que signifie exactement ce terme ? En fait, toutes les entreprises se verront de plus en plus confrontées à une nouvelle façon de coopérer. Pour survivre dans le contexte de mondialisation des marchés, de convergences et de fusions, toutes les entreprises sans exception n'ont d'autres choix que de revoir leurs façons de faire. Ceci les oblige à transformer non seulement leurs processus d'affaires mais aussi leur culture. Un concurrent qui s'avérait hier un ennemi juré, peut devenir quelque temps plus tard le partenaire idéal : l'instinct de survie crée la coopétition. Partenaires sur un produit puis concurrents sur un autre ou bien partenaires pour développer un nouveau concept, partager ainsi des dépenses lourdes d’investissement puis concurrents ensuite pour les vendre 159. La coopétition se veut néanmoins tempérée et sélective. Pour mener à bien ce type de coopération, là encore, on retrouve une relation de confiance très forte et une nécessité de pérennité dans l’échange. Pour exploiter au mieux ces nouvelles formes de collaboration, des outils informatiques s’avèrent nécessaires. Or les secteurs qui pratiquent déjà la coopétition partent avec un avantage certain. Les sociétés commerciales du libre ont d’ailleurs fondé leurs règles de vie sur des valeurs d’échange et de partage. Effectivement, dans le monde numérique, on ne perd pas une idée en la communiquant à son concurrent mais on l’enrichit et on la développe ensemble.
Dans l’univers des logiciels libres, le cheminement suivant est souvent mis en oeuvre : plusieurs entreprises collaborent sur les mêmes produits, la partie logicielle ne se vend pas mais fait partie d’une prestation globale, puis la compétition a lieu sur les services additionnels. Du coup, l’entreprise se focalise plus sur les services que les produits, ce qui sous-tend de s’orienter vers une économie de fonctionnalités.
La relation client sur laquelle se fonde le libre se révèle en parfaite adéquation avec les tendances actuelles de fonctionnement des entreprises : le prestataire libre amène donc une réelle valeur ajoutée par rapport à son offre de services.
Chapitre VII– Apports spécifiques du prestataire extérieur : les points clés
- Si certaines briques sur la chaîne de valeur du libre ne sont pas payantes dans certains cas, les solutions libres symbolisent la liberté et non la gratuité. Des solutions commerciales sont donc amenées à se développer. Une entreprise ne peut d’ailleurs perdurer sans souci de rentabilité.
- Le logiciel libre reconfigure le secteur de l’informatique. Les modèles économiques fondés sur les licences se transforment en services additionnels. Pour leur part, la quasi-majorité des organisations souhaitent retrouver de manière transparente le confort de leur environnement informatique propriétaire : certification, documentation, formation, support, maintenance, … Ce sont ces services que devront proposer les sociétés commerciales du libre pour s’imposer.
- La valeur du prestataire se construit progressivement dans son expertise du monde libre : l’image de marque et la notoriété sont des facteurs clés de succès. Le monde libre est un iceberg. Sa partie cachée abonde de solutions très intéressantes pour l’entreprise mais celles-ci se révèlent souvent non référencées. Leur diffusion s’effectue souvent par bouche à oreille. Le prestataire en fonction de la connaissance métier de son client est à même d’identifier et de proposer ces différentes solutions. Ce sont des prestations de conseil et d’accompagnement personnalisées à forte valeur ajoutée.
- Le choix d’un prestataire externe n’est pas une obligation. Néanmoins, il permet dans de nombreux cas de mutualiser des coûts et se traduit par une efficacité accrue dans la stratégie libre de l’organisation.
- Le libre s’inscrit dans une autre vision de la relation client/fournisseur. La coopétition et le mode de fonctionnement en entreprise étendue impliquent des rapports de confiance entre les différents acteurs, de la durée dans la relation et un mode de fonctionnement où le partage de l’information est primordial. Toutes ces spécificités sont inhérentes au fonctionnement des sociétés commerciales du monde libre.
- De par son expertise, le prestataire libre amène une véritable valeur ajoutée. Il est l’interface entre les communautés et les organisations. De par sa bonne connaissance et sa compréhension de ces deux univers, il construit des solutions et des services en parfaite adéquation avec les attentes de ses clients.
157 Coopétition = Mélange de Coopération et de Compétition.
158 Exemple du Contrat Social de la distribution Debian. C’est un ensemble de principes sur lesquels s’engagent les contributeurs pour être sûr de garantir la pérennité de Debian, une distribution GNU/Linux.
159 La coopération peut par exemple se faire sur la logistique tandis que la compétition se fera sur le marketing. La R&D, Recherche et Développement en mode coopération est également un exemple probant de ce contexte.