Pousser et tirer l'information sur Internet : le push et le pull
La personnalisation des informations a toujours été au coeur des préoccupations des moteurs de recherche et des start-up Internet.
Il est intéressant de retracer brièvement la courte histoire de ces
technologies, notamment grâce à la dichotomie des technologies pull et
push qui s'est marquée à la fin des années 90.L'information se
renouvelle tellement rapidement sur Internet qu'il est humainement
impossible, sans l'aide d'assistants électroniques, de suivre
l'évolution de l'offre d'un concurrent, l'actualité d'un secteur
économique ou l'apparition d'innovations technologiques. Il y a
quelques années, Carlo Revelli 1
a schématiquement distingué deux grandes familles d'agents intelligents
ou logiciels : les agents de type pull et les agents de type push.
Quand on se rend sur le site de Yahoo pour y mener une recherche, on
dit que l'on est en train de « tirer » (pull) l'information du serveur
de Yahoo jusqu'à son PC. En effet, on a effectué la démarche active
d'allumer son ordinateur, de se relier à Internet, de se connecter au
site de Yahoo, de saisir les mots clés de sa recherche et, enfin, de
rapatrier les documents sur son ordinateur : du pull à l'état pur...
Cependant, on peut continuer de faire du pull en déléguant certaines
tâches répétitives à un agent intelligent. Si, par exemple, au lieu de
se connecter directement à Yahoo, on délègue cette tâche à son agent de
recherche (par exemple Copernic), il s'agit toujours de pull. Dans ce
cas, l'agent remplace l'utilisateur et il « tire » vers lui les
informations demandées.
Dans la démarche pull, ce qui est important, c'est le fait que l'on
soit acteur de ses choix même si l'on confie le travail répétitif à
l'agent. De même, si avec un agent de veille comme Webspector ou Web
Site Watcher on décide de surveiller le site Web d'un concurrent, c'est
toujours du pull, même si l'agent stocke les pages qu'il trouve et
donne l'impression de les « pousser » vers l'utilisateur 2 .
Dans une optique push, en revanche, l'utilisateur joue un rôle moins
actif car l'information est « poussée » jusqu'à lui. C'est le même
principe que la télévision : il existe des dizaines de chaînes qui
diffusent des informations et le rôle de l'utilisateur consiste
uniquement à choisir celle qui lui convient et à la regarder. Sur
Internet, il existait des logiciels de type push (PointCast fut le plus
célèbre) qui permettaient d'accéder à des centaines de chaînes
d'informations (CNN, New York Times, Washington Post...) à caractère
souvent thématique (météo, sport, marchés financiers...). Ces logiciels
ont littéralement explosé vers la fin de 1996 en faisant beaucoup de
bruit. Certains allaient même jusqu'à affirmer que désormais le Web
entier allait se transformer en une « télévision géante » dans laquelle
chacun diffuserait des informations à partir de sa propre chaîne. En
réalité, ce sont les enjeux financiers énormes (notamment ceux liés à
la publicité) qui avaient provoqué de tels enthousiasmes.
L'information obtenue par les agents de webcasting (ou webdiffusion)
est complètement uniforme et standardisée et s'adapte souvent à une
diffusion de masse. Elle est donc utile pour suivre l'actualité en
général mais insuffisante pour mener des activités de veille
personnalisées. Avec les technologies push, c'est le gestionnaire de
chaque chaîne qui décide du contenu de celle-ci et qui le diffuse (à
travers un serveur). Avec un agent pull, au contraire, si l'on décide
de créer une chaîne, on reste maître de son contenu et c'est son agent
(un logiciel client) qui rapatrie les informations correspondant à ses
choix. L'intervention et la personnalisation humaines sont beaucoup
plus importantes avec les agents de type pull.
Si l'on ne parle plus de logiciels push ou pull de nos jours, il ne
faudrait pas pour autant croire que la personnalisation des services de
recherche est en perte de vitesse. Bien au contraire ! Ce qui a posé
problème, notamment avec les logiciels push, c'est, d'une part, une
personnalisation extrêmement limitée, souvent cantonnée à des sources
d'information officielles, et, d'autre part, l'obligation d'utiliser un
logiciel propriétaire en dehors du navigateur.
À présent, ces deux freins n'ont plus lieu d'être. En effet, la
personnalisation des services de recherche se développe de plus en
plus, surtout par le biais de la technologie RSS, qui permet une
personnalisation illimitée. Il faut tenir compte également de
l'explosion de milliers de sources d'information citoyennes, de la
concurrence acharnée entre les trois leaders du marché de la recherche
d'informations (Google,Yahoo et MSN) et de l'avènement des technologies
libres (open source) telles que Firefox, qui connaît un succès
fulgurant.
Voici trois exemples parmi d'autres d'outils qui risquent de modifier
profondément les habitudes de recherche de demain : Firefox, Google
Maps/ Google Earth et Yahoo My Web 2.0.
1. Carlo Revelli, Intelligence stratégique sur Internet, op. cit.
2. Plusieurs centaines d'agents « intelligents » peuvent être téléchargés sur www.pronetariat.com/17 ou sur www.pronetariat.com/18


